Mission des Douze (10,1-16)

Matthieu 10,1-16

Commentaire

1 Puis, ayant appelé ses douze disciples, il leur donna pouvoir sur les esprits impurs, afin de les chasser et de guérir toute maladie et toute infirmité.
2 Or voici les noms des douze Apôtres : le premier est Simon, appelé Pierre, puis André son frère ; Jacques fils de Zébédée, et Jean son frère ;
3 Philippe et Barthélemy ; Thomas et Matthieu le publicain ; Jacques, fils d’Alphée et Thaddée ;
4 Simon le Zélé, et Judas Iscariote, qui le trahit.
5 Tels sont les douze que Jésus envoya, après leur avoir donné ses instructions :  » N’allez point, leur dit-il, vers les Gentils, et n’entrez point dans les villes des Samaritains ;
6 allez plutôt aux brebis perdues de la maison d’Israël.
7 Partout, sur votre chemin, annoncez que le royaume des cieux est proche.
8 Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, chassez les démons : vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement.
9 Ne prenez ni or, ni argent, ni aucune monnaie dans vos ceintures,
10 ni sac pour la route, ni deux tuniques, ni chaussure, ni bâton ; car l’ouvrier mérite sa nourriture.
11 En quelque ville ou village que vous entriez, informez-vous qui y est digne, et demeurez chez lui jusqu’à votre départ.
12 En entrant dans la maison, saluez-la [en disant : Paix à cette maison].
13 Et si cette maison en est digne, que votre paix vienne sur elle ; mais si elle ne l’est pas, que votre paix revienne à vous.
14 Si l’on refuse de vous recevoir et d’écouter votre parole, sortez de cette maison ou de cette ville en secouant la poussière de vos pieds.
15 Je vous le dis en vérité, il y aura moins de rigueur, au jour du jugement, pour la terre de Sodome et de Gomorrhe que pour cette ville.
16 Voyez, je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. Soyez donc prudents comme les serpents, et simples comme les colombes.
La mission des Douze constitue le point d’entrée de leur présentation, avant même qu’ils ne soient nommés. Cette mission fait-elle d’eux des disciples ou des apôtres ? Apparemment, Matthieu n’établit pas de distinction : pour Lc 6,13, il en va différemment puisque « Jésus appela ses disciples et il en choisit douze, qu’il nomma apôtres », et les apôtres sont donc une « sélection » parmi les disciples.

Leur mission première consiste donc à guérir, au verset 1 comme au verset 8, tout comme Jésus l’a fait jusqu’à maintenant. Pour Matthieu, ces guérisons sont en lien avec un pouvoir sur les esprits impurs, représentent donc un partage de l’autorité de Jésus et sont le signe d’un monde nouveau.

La liste des Douze varie quelque peu, on le sait, d’un évangile à l’autre et jusqu’aux Actes : s’ils sont toujours répartis en trois groupes de quatre, avec toujours le même en tête de chaque groupe, autrement dit  Pierre, Philippe et Jacques fils d’Alphée, l’ordre varie au sein de chaque groupe. et c’est ainsi qu’André apparaît « déclassé » chez Marc… On peut multiplier les remarques de ce type qui semblent résulter de « variations hiérarchiques » au fil du temps.Ce qui est sûr, c’est que si les Douze ont représenté une réalité importante, très symbolique de la prédication au cœur du monde juif avec ses douze tribus dont témoignent d’ailleurs les versets 5-6, ils ont eu aussi une existence éphémère lorsque la prédication a dépassé ce monde.

L’annonce de la proximité du Royaume de Dieu était certainement au cœur du message de Jésus, comme en témoigne Mc 1,15 : c’est maintenant aux disciples de proclamer cette bonne nouvelle. Et de le faire sans aucun autre appui que Dieu et sa parole : voilà tout le sens de la recommandation à la gratuité au verset 8, qui est développée longuement ensuite. Cette recommandation marquera un saint Dominique et d’autres fondateurs d’Ordres religieux pour la même raison : ne pas dépendre d’une autorité ou d’un soutien terrestres, manifester la primauté divine.

Jésus dit ici : « L’ouvrier mérite sa nourriture », une assurance que Paul reprendra en des termes à peine différents en 1 Tm 3,18. Elle fonde ce que j’appelle la mendicité réciproque : le messager demande du pain, l’hôte demande la guérison, et plus généralement la parole. On comprend que la guérison, que la parole doivent être efficaces. En fait, comme il a été dit plus haut, ce que Jésus promet, c’est surtout l’assistance de la providence divine, qu’il a dû éprouver et manifester lui-même dans sa propre vie : « voyez les oiseaux du ciel… » (Mt 6,26).

Vient alors la question de la paix portée par les disciples, dont il n’avait pas été question jusqu’alors. En fait, cette paix donnée à l’entrée dans la maison correspond à notre « bonjour » actuel et il est a priori banal. Ce qui l’est moins, c’est donc l’intérêt qu’y attache Jésus et qui le sort de la banalité. La paix donnée est à l’évidence la paix de Dieu, qui touche au fond du cœur, un don spécifique qui demande un accueil spécifique : de l’envoyé d’abord, de sa parole ensuite.

Cet accueil peut donc être refusé, et l’on notera que la ville tout entière paraît en être tenue responsable, comme si chacun la représentait. Ce fut bien le cas pour Sodome et Gomorrhe, mais pourquoi serait-ce systématiquement le cas ? Alors qu’il est plus loin question de loups, on a l’impression d’une hostilité évidente, partagée, et reconnue autour du messager et le bon accueil semble l’exception.

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