Demain, quelle société ? Fin des économistes. Avènement de la gratuité

Philippe BOUHOURS, Demain, quelle société ? Fin des économistes. Avènement de la gratuité, 1 livre de 240 p., Paris, Pneumathèque, 1978.

L’Islam attribue 99 noms à Dieu en plus d’un centième réputé ineffable . Dans la liste traditionnelle de ces noms que donne par exemple Louis Gardet (L’Islam , DDB, 1967), celui de « Gratuit » ne figure pas ; et pourtant, aujourd’hui plus que jamais, ce nom semble dire Dieu et non seulement révéler son économie, mais encore un peu de son « essence ». Philippe Bouhours, docteur en économie, enseignant à l’université Dauphine à Paris, en est convaincu depuis longtemps : la gratuité est de 1’ordre de 1’Amour et donc de Dieu. Et il constate en même temps que ce « concept » échappe radicalement aux théories économiques, et les remet toutes fondamentalement en cause, ainsi que les sociétés auxquelles elles donnent naissance.

Le militarisme, le dysfonctionnement de l’université ou de la médecine, le providentialisme outrancier de l’État, le caractère concentrationnaire des sociétés etc. sont donc pour l’auteur la résultante de 1’empiétement du secteur marchand sur le secteur de gratuité. « Le secteur de gratuité est engagé dans une rivalité cruciale et vitale avec le secteur marchand. De sa vitalité dépend la qualité dos relations humaines au sein de la société toute entière » (p. III)

II faut reconnaître que dans ce cri d’alarme, l’auteur se montre souvent convaincant, toujours suggestif en tout cas : aucun lecteur ne peut manquer de se trouver justement interrogé par cette l’apologie vigoureuse de la gratuité . On regrettera seulement que ce livre manifeste l’agressivité du pamphlet sans en avoir toujours la qualité littéraire, et qu’en outre l’auteur soit amené à quelques formulations sommaires ; ainsi, p. 124 : « En imposant une nouvelle éthique, la Réforme allait faciliter la révolution industrielle, et permettre l’asservissement de ceux qui, par leur état de pauvreté même, procuraient une justification à leurs exploiteurs. Les réprouvés de Dieu étaient l’objet d’un profond mépris de la part des élus ».

En fait, l’auteur n’est jamais plus convaincant que lorsqu’il s’en tient à la réflexion économique. Car si « les théologiens ne sont pas économistes » (p. 16), il n’est pas sûr non plus que les économistes soient théologiens. Souhaitons donc que cette question de la gratuité, fort justement soulevée à nouveau par Philippe Bouhours, revienne aujourd’hui interroger la théologie afin que celle-ci contribue pour sa part à l’évolution qui conduit « de l’homo oeconomicus à l’homme de la gratuité engendré en Jésus » (p. 234).

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