Paulus und Jesus

Eberhard JÜNGEL, Paulus und Jesus, Eine Untersuchung zur Präzisierung der Frage nach dem Ursprung der Christologie, 1 vol. de XII-320 p., Tubingue, J.C.B. Mohr, 51979.

Le propos de E. Jüngel sur le rapport de Paul à Jésus et la naissance de la christologie est exprimé dans un langage qu’il n’est pas toujours facile de comprendre ni à fortiori de traduire : « Dans quelle mesure Jésus se manifeste-t-il comme nouveau lorsqu’il est exprimé dans l’événement linguistique de l’enseignement paulinien sur la justification, — cette question constitue le lieu où nous aurons à chercher la naissance de la christologie, dans le cadre d’une détermination de la relation de l’enseignement paulinien sur la justification avec la prédication de Jésus » (p. 4).

L’enquête commence avec Paul dont toute la théologie se ramasse autour d’un thème central : la justification (p. 17-33). En examinant l’usage de l’expression justice de Dieu chez l’Apôtre (p. 33-48), l’A. y voit un prolongement de la ligne vétérotestamentaire et l’expression du « comportement de Dieu dans sa relation aux hommes » ; mais avec Paul la justification a un fondement christologique et une signification eschatologique corrélative, dans la mesure où « en Christ l’eschaton est déjà là » (p. 49-70).

Mais l’essentiel de l’enquête va porter sur la prédication de Jésus (p. 76-262). L’A. montre d’abord la possibilité d’un accès au Jésus historique au travers de la prédication de Jésus (p. 71-86) ; le champ est alors libre pour développer l’analyse des paraboles du Royaume (p. 87-214), dans la mesure où « le Royaume de Dieu est la puissance qui autorise sa prédication par la bouche de Jésus » (p. 196), comme elle « autorise aussi les exigences de Jésus » (p. 212) ; enfin, des Logia sur le Fils de l’Homme, l’A. ne retient comme authentiques que huit (p. 244), dans lesquels il ne faut voir ni contenu messianique ni autodésignation de Jésus (p. 215-262).

À partir de cette enquête, l’A. affirme la continuité entre la doctrine paulinienne de la justification et la prédication de Jésus, essentiellement du fait de leur fondement eschatologique : « Nous avons perçu l’enseignement paulinien sur la justification aussi bien que la prédication de Jésus comme un essai authentiquement eschatologique, dans lequel l’eschaton lui-même s’introduit chaque fois de manière différente. […] La dikaiosynê Theou constitue le thème de l’enseignement paulinien sur la justification, et nous l’avons reconnu comme le phénomène eschatologique définissant toute la théologie paulinienne. La basileia Theou constitue le thème des paraboles de Jésus, et nous l’avons reconnu comme phénomène eschatologique définissant toute la prédication de Jésus » (p. 266).

Deux excursus complètent l’ouvrage : eschatologie et histoire (p. 285-290) ; eschatologie et Formgeschichte (p. 290-300). Dans la préface à la troisième édition de l’ouvrage, l’A. reconnaissait déjà avoir autre chose à dire, ne pas avoir le temps de l’écrire, mais penser néanmoins que le livre pouvait encore remplir son but : telle est bien aujourd’hui encore l’impression du lecteur qui constate que, si bien des choses ont évolué depuis une quinzaine d’années, en particulier sur l’existence d’un centre de la théologie paulinienne ou sur l’usage de l’expression Fils de l’Homme par Jésus, l’ouvrage de Jüngel reste une référence dans l’analyse de certaines données théologiques et des rapports de Jésus et de Paul.

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