Épître aux Colossiens

Jean-Noël ALETTI, Épître aux Colossiens, ’Études bibliques, 20’, Introduction, traduction et commentaire, Paris, Gabalda, 1993, 312 p

La présentation d’un travail est une composante parmi d’autres de sa qualité. Aujourd’hui, les exigences de réduction des coûts suggèrent, et souvent imposent, aux auteurs de mettre en pages eux-mêmes leurs ouvrages, ce qui nuit trop souvent à la qualité typographique de l’édition. Le lecteur du livre de J.-N. Aletti ne manquera donc pas de remarquer d’abord les défauts de l’édition comme telle : à titre d’exemple, parmi tant d’autres, voici la page 40 avec un mot tout seul en haut de page, ou la page 246 avec une ligne isolée en haut de page (orpheline) et un titre sans suite en bas de page ; ailleurs, comme aux pages 170 ou 224, c’est un paragraphe dont on ne trouve qu’une seule ligne en bas de page (veuve). On regrettera aussi quelques abréviations répétitives et fort désagréables du type AG pour « action de grâces »…

Fort heureusement, si la forme laisse à désirer, le fond est à la fois mesuré et passionnant.

L’introduction est somme toute assez brève, dans la mesure où PA. préfère justement tirer ses conclusions de l’étude du texte plutôt que de positions reçues ou tenues a priori ; elle n’en reprend pas moins l’affirmation de PA. dans son avant-propos, à savoir l’existence d’une partitio définissant les grands thèmes de la Lettre en 1, 21-23 : « La primauté et l’insondable richesse du Christ constituent le fil rouge qui mène l’argumentation et donne à l’agir des croyants sa fermeté » (P. 121).

Cette partitio ressort de la structure de la Lettre dans laquelle l’A., pour des rai-sons littéraires, rhétoriques, linguistiques, pense en outre devoir reconnaître trois parties : 1, 24 – 2, 5 traitant du combat de Paul pour l’annonce de l’Évangile ; 2, 6 -23 traitant de la fidélité à l’Évangile reçu ; 3, 1 – 4, 1 traitant de la sainteté des croyants. C’est dans le commentaire attentif de ces trois parties que nous entraîne l’A. aussitôt après l’introduction.

On en retiendra d’une part son interprétation du mysterion : il s’agit du Christ, présent parmi les païens, destiné à tout chrétien. L’hérésie de Colosses, à laquelle est consacré un bref excursus (p. 211-213), devait à l’inverse mettre au premier plan la médiation de puissances célestes, rejointes par des visions à partir de pratiques ascétiques et rituelles dont étaient dès lors exclus nombre de baptisés.

On en retiendra d’autre part le souci constant de l’A. d’apprécier au plus juste le rapport de Colossiens avec ce qu’il appelle les Homologoumena (jargon à revoir pour désigner les lettres de Paul réputées authentiques). D’où il ressort « qu’aucun argument [en faveur de la pseudépigraphie] n’est vraiment contraignant. E est assurément difficile de déterminer qui est l’auteur de Colossiens, Paul ou l’un de ses collaborateurs. Mais notre compréhension de l’authenticité ayant heureusement évolué ces dernières années, on peut non seulement déclarer que l’épître est paulinienne, mais qu’elle est très probablement de Paul » (P. 280).

Au delà de désaccords ponctuels tenant à certaines affirmations péremptoires de l’A. (p. 116 : « Avec force, il faut rejeter ici – en 1, 15a – une [sic] toute espèce de christologie adamique » ; p. 117 : « A cette époque, une telle affirmation – lui qui est Dieu parce que… – aurait été considérée comme panthéiste » etc.) ou, à l’inverse, àtrop de prudence (je tiens pour ma part que les rapports de 1, 13-14 et de Ac 26, 18 s’expliquent bien par la reprise d’une hymne baptismale primitive), comment ne pas apprécier la contribution d’un auteur qui prend le temps de montrer que l’on aurait bien des raisons de faire passer Colossiens du rayon des Antilegoumena à celui des Homologoumena ?

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