Jésus et Paul, Vies parallèles

J. Murphy O’Connor, Jésus et Paul, Vies parallèles, 1 volume de 160 p., Coll. Lire la Bible, Paris, Cerf/MédiasPaul, 2006.

S’inspirant quelque peu des Vies Parallèles de Plutarque, l’auteur, un des grands spécialistes de Paul aujourd’hui, entreprend d’établir des parallèles entre les vies de Jésus et de Paul. Ce faisant, comme il l’expliquera dans sa conclusion, il vise moins à faire oeuvre originale dans la connaissance de Paul qu’à insister sur quelques moments-clés parfois négligés de ces deux vies, et plus encore à souligner l’humanité de Jésus.

Les moments-clés sont les suivants : l’âge, le déracinement de la jeunesse, l’adaptation à un environnement étranger, les vocations passagères de prophète et de pharisien, la seconde conversion que représente l’abandon de la loi, l’exécution par les Romains. On pourra juger cette lecture transversale quelque peu forcée sur certains points, mais l’acribie, l’érudition de l’auteur et la qualité de son écriture font une fois de plus merveille : l’ouvrage se lit avec un plaisir évident et les questions posées, pour n’être pas toujours neuves, restent fort stimulantes. Par exemple : Jésus fut-il vraiment le disciple de Jean-Baptiste, prolongeant son oeuvre ? Le nouveau regard de Jésus sur la Loi fut-il bien la conséquence d’une meilleure appréciation des conditions socio-économico-religieuses du petit peuple d’Israël, comme le laisse entendre notre auteur au long des pages 99-103 ? Etc.

Il reste pourtant que le connaisseur admiratif de l’oeuvre de Murphy O’Connor est souvent surpris. En effet, dans ses ouvrages sur Paul, cet auteur se signale par sa prudence, laquelle semble ici s’être quelque peu envolée. Qu’on en juge par exemple avec la page 36, un exemple parmi d’autres. On y relève les affirmations suivantes : « les légions avaient sûrement vendu leurs captifs… », « le petit Paul et ses parents furent probablement mis sur un bateau… », « il était sans doute commercialement déconseillé… », « les marchands d’esclaves devaient s’être entendu (sic)… », « si jeune que fût Paul, il a dû ressentir… ». Sur une seule page, cela fait quand même beaucoup d’approximations, et il me revient le jugement que portait un dominicain, collègue de Murphy O’Connor à l’École biblique de Jérusalem, sur certaines théories en cours à son époque : « ce sont des cathédrales construites sur des têtes d’épingles ».

Sur d’autres pages, le lecteur croit lire un roman. Par exemple, à propos de la venue de la Sainte Famille à Nazareth : « On sait que les villages sont peu accueillants aux nouveaux venus. Il n’y aurait pas d’hostilité ouverte, mais pas non plus l’accueil chaleureux, qui aurait aidé les réfugiés de Bethléem à se sentir chez eux. Pendant un an, voire plus, on les regarderait d’un oeil soupçonneux. Joseph était-il un agent du nouveau roi ? Faisait-il un rapport aux collecteurs d’impôts ? Il fallut de la patience pour que Joseph et sa famille trouvent leur place dans cette nouvelle société. La proximité de Sepphoris permit à Jésus de recevoir en grandissant des influences qu’il n’aurait jamais connues à Bethléem » (p. 30). Au fil des lignes, on est passé du conditionnel à l’indicatif.

Fallait-il, parce que l’analyse, toujours attentive et passionnante, et qui fait la vraie force du livre, se révèle trop courte pour générer une synthèse, recourir à tant et tant d’hypothèses ? Le lecteur ne pourra manquer de se demander quel est le vrai genre littéraire de l’ouvrage, entre le débat scientifique pointu et la reconstitution largement imaginaire.

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