De Jésus à Paul, L’éthique du Nouveau Testament

Jean-François COLLANGE, De Jésus à Paul, L’éthique du Nouveau Testament, « Le champ éthique, 3 », 1 vol. de XIV-316 p., Genève, éd. Labor et Fides, 1980.

Et c’est peut-être un hommage implicite à Jüngel qui sous-tend l’introduction du livre de J.-F. Collange sur l’Éthique du Nouveau Testament et la manière dont il justifie son intention personnelle : « Un large accord existe actuellement pour constater la fidélité fondamentale de l’évangile paulinien à la prédication du Nazaréen ; les différences que l’on peut déceler entre l’un et l’autre sont essentiellement dues au fait qu’ils se situent en deux « temps de la foi » différents, l’un situé avant la mort et la résurrection de Jésus, l’autre après elles. Mais ce qui échappe pour l’instant largement à l’analyste, c’est l’enchaînement fait de ruptures et de continuité par lequel on est passé de la prédication du Règne de Dieu à l’annonce de la justification par la foi. Nous limitant à l’aspect éthique de l’une et de l’autre, nous nous proposons ici, en les confrontant, d’indiquer leur profonde similitude et de marquer quelques étapes du processus qui mène de l’une à l’autre » (p. 11). Le projet est donc double : établir l’existence d’une continuité entre l’éthique de Jésus et celle de Paul ; montrer le rôle joué par ceux que l’A. appelle les Hellénistes de Jérusalem et d’Antioche pour passer de l’une à l’autre.

Pour organiser la confrontation, l’A. devait déterminer des points de repère à partir desquels présenter les positions respectives et les modalités du passage de l’une à l’autre ; ces points de repère s’appellent : Fondements et horizon de l’éthique ( Règne et justice de Dieu), Forces éthiques (Liberté, amour et foi), Formes éthiques (De la suivance à l’imitation, du compagnonnage à la communauté, du Maître de la Loi à la maîtrise de la Loi), et enfin Actes éthiques (Vivre de l’Évangile, relation de l’homme et de la femme).

L’A. a su dans l’ensemble maîtriser et organiser une matière très abondante, par delà quelques artifices qui consistent par exemple à considérer l’espérance comme une partie de la liberté pour lui donner « plus de corps » ( p. 88 ), ou à regrouper des éléments isolés par l’usage répété de particules (cinq « ainsi », quatre « donc », quatre « aussi », deux « c’est pourquoi », deux « d’où », etc. dans les seules pages 156-159 !).

En définitive, une question est à poser à l’A. : pense-t-il avoir vraiment établi la médiation hellénistique ? Outre qu’on peut douter de l’existence d’une telle communauté hellénistique avec une théologie autonome et qu’on aurait donc attendu de l’A. une lecture plus détaillée des Actes pour justifier son point de vue, je constate que l’argumentation tient parfois de la simple captatio benevolentiae : « Où mieux qu’à Antioche, dans la communauté des hellénistes, aurait pu naître un tel projet ? » ( p. 160 ).

Il reste que l’A. présente un ouvrage très charpenté, fort bien informé, grâce auquel les rapports de Paul et de Jésus apparaissent mieux délimités, et après lequel il sera désormais difficile de présenter Paul, ainsi que l’avait fait autrefois Wrede, comme le second fondateur du christianisme.

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