Paul de Tarse en Méditerranée, Recherches autour de la navigation dans l’Antiquité (Ac 27 – 28, 16)

Ch. Reynier, Paul de Tarse en Méditerranée, Recherches autour de la navigation dans l’Antiquité (Ac 27 – 28, 16), Coll. Lectio Divina n° 206, 1 vol. de 290 p., Paris, Cerf, 2006.

Tout lecteur des Actes ne peut manquer d’être intrigué lorsqu’il se trouve confronté au récit du transfert de l’apôtre Paul à Rome, par voie maritime et terrestre, tel qu’il est relaté dans les chapitres 27 et 28 : les détails techniques qui permettent de décrire la navigation, les bateaux, le personnel de bord, les vents et courants, se multiplient, et le vocabulaire employé est très souvent spécifique. Les questions surgissent : le récit est-il cohérent, obéit-il à un genre littéraire précis, est-il de première ou de seconde main, qu’en retenir du point de vue de l’histoire etc.

Ch. Reynier a repris l’enquête, mais d’une manière tout à fait originale : en confrontant les détails évoqués plus haut aux usages nautiques de l’époque, tels qu’ils ressortent des documents anciens ou de l’archéologie. Après un premier chapitre consacré au vocabulaire de la mer, l’A. relit le texte en trois étapes, chaque étape étant relative à l’un des trois bateaux « empruntés » par Paul. En fin d’ouvrage, plusieurs annexes concourent à une classification très précieuse du riche vocabulaire employé.

Il ressort globalement de cette étude que, contrairement aux idées reçues dans l’exégèse traditionnelle, ces chapitres manifestent des connaissances nautiques, géographiques et historiques acquises de première main, et constituent une véritable « relation de voyage », fondée sur des notes personnelles, peut-être une sorte de périple, mais certainement pas un roman, un récit de tempête ou de naufrage, ou une nouvelle Odyssée. Pour reprendre les mots mêmes de l’A., « Il est évident que la terminologie maritime est omniprésente dans ce texte et qu’elle est employée de façon adéquate (..) Ce n’est pas le récit qui met en scène un voyage imaginaire comme le font les romans. C’est bien la réalité du voyage de Paul, de Césarée à Rome, par voie de mer qui donne lieu à cette relation. Si elle est consignée de cette manière, c’est bien que, dans l’entourage de Paul, il y avait des personnes compétentes en matière maritime » (p. 191). De sorte que « bien des incohérences que l’on attribue à ce récit tombent si nous ne projetons pas sur ce texte des idées reçues et si nous acceptons la confrontation indispensable avec l’archéologie et l’historiographie » (p. 176).

Incidemment, Ch. Reynier est conduite à prendre parti sur un certain nombre de questions controversées auxquelles elle apporte un éclairage nouveau, par exemple celles de la localisation géographique précise de Bons-Ports, de la réalité d’un passage par l’île de Malte, de la possibilité accordée à Paul de donner son avis sur la conduite à tenir au cours du voyage, ou, plus anecdotiquement, de la nature de la cargaison transportée par le deuxième navire.

L’originalité et la qualité de cette étude en font un maître livre, désormais incontournable pour une étude sérieuse des chapitres 27 et 28 des Actes. Lesquels apparaissent à leur tour, « au sein de la littérature antique, comme une source incontestable et irremplaçable pour l’histoire de la navigation au premier siècle et aussi pour la connaissance de Paul » (p. 192).

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