Les Actes des deux Apôtres, tome V. Commentaire historique (Ac 9, 1-18, 22)

J. TAYLOR, Les Actes des deux Apôtres, tome V. Commentaire historique (Ac 9, 1-18, 22), Études bibliques, NS 23, Paris, Gabalda, 1994, XXII-402 p

On se souvient qu’Emile Boismard et Arnaud Lamouille (cf. RT 90 [1990], p. 505-506) nous ont proposé en trois volumes de cette même collection une nouvelle lecture des Actes des Apôtres, caractérisée par la remise en valeur du texte dit ’occidental’ qu’ils se sont essayés à restituer et dont ils attribuent la rédaction à Luc lui-même. L’ouvrage de J. Taylor reprend l’essentiel de ces conclusions, à titre ’d’hypothèses de travail’, pour proposer une lecture historique du texte ainsi restitué, en ’confrontant l’oeuvre de Boismard-Lamouille aux faits historiques et aux inférences que l’historien peut, avec quelque vrai-semblance, en tirer’ (p. ix).

L’entreprise est vaste, et le volume que nous considérons ne représente qu’une partie du travail, concernant la section centrale des Actes, celle où « l’historien a le plus de chance de pouvoir tester et préciser la valeur historique des récits » (p. VIII) : il reste donc encore à écrire ce qui sera les volumes 4 et 6 de cet important commentaire historique. Le lecteur de ce volume 5, traduit en français par les soins de Boismard, risque de se montrer d’autant plus impatient que cet essai central se manifeste d’emblée comme une réussite, dans la mesure où l’intérêt ne faiblit jamais et où les propositions nouvelles, toujours mesurées, abondent : l’A. suit pas à pas le texte, rappelle les conclusions de Boismard-Lamouille, rassemble une importante et précieuse documentation d’ordre littéraire et archéologique sur les villes, les familles et les usages de l’époque, documentation à partir de laquelle il entreprend donc de tester les hypothèses de départ ou de proposer des interprétations nouvelles.

Parmi ces interprétations nouvelles, on retiendra par exemple l’affirmation selon laquelle les disciples ont reçu le nom de chrétiens (Ac 11, 26) à Antioche lorsque des troubles eurent lieu parmi les juifs dans les années 39-40, la datation du voyage de Gal 2, 1-10/Ac 15, 3-4 du début des années 40, la remise en valeur d’une variante négligée de Ac 12, 2, selon laquelle c’est Jean et non Jacques qui aurait été mis à mort par Agrippa (proposition reprise et développée dans un long excursus par É. Boismard), l’idée que le récit des Actes fusionne en Ac 13 deux voyages différents, l’un à Chypre, l’autre en Galatie du Sud, etc. Beaucoup de ces propositions condui-sent à remonter dans le temps bien des éléments de la carrière de Paul, qui se trouve ainsi ’étalée’ sur vingt ans (40-60) plutôt que sur dix (50-60) : le rédacteur de cette note appuie cette tendance, déjà bien présente chez cet autre commentateur des Actes auquel Taylor fait largement référence, Gerd Lüdemann.

L’intérêt de cette reconstitution historique est que, si elle se renforce des propositions de Boismard-Lamouille, elle en reste relativement indépendante : l’auteur a eu raison ’de ne pas se sentir lié par elles comme par des dogmes de foi et obligé d’en accepter tous les détails’ (p. ix). Dès lors, tout commentateur des Actes devra prendre en considération l’ouvrage de Taylor pour lui-même : il le mérite.

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