La figure de Paul dans les Actes des Apôtres

Odile FLICHY, La figure de Paul dans les Actes des Apôtres, un phénomène de réception de la tradition paulinienne à la fin du Ier siècle, Coll. Lectio Divina n° 214, 1 vol. de 370 p., Paris, Cerf, 2007.

Après un premier chapitre faisant l’état de la recherche, O. Flichy cherche à situer le cadre de son étude et se propose de « définir un nouveau paradigme ». Elle constate la diversité des figures de l’apôtre, et invite à abandonner toute normativité pour accueillir cette diversité : « on peut considérer que les différents écrits rattachés à l’autorité de l’Apôtre, qu’ils soient « canoniques » ou « apocryphes », témoignent d’une école paulinienne à caractère multiforme, non seulement au niveau littéraire mais aussi dans ses choix théologiques » (p. 43). Dès lors, « il ne peut y avoir une continuité immédiate entre le Paul de l’histoire et le Paul de la tradition chrétienne. Le face-à-face que l’histoire de l’exégèse a tenté d’instaurer entre le Paul canonique et le Paul des Actes se révèle illusoire s’il ne passe pas par la prise en compte du caractère construit de chacune des images de Paul conservées par la mémoire de l’Église » (p. 44). Cette conviction sera reprise à la fin du livre : « Honorer la triple dimension de la figure du Paul lucanien requiert l’adoption d’un nouveau paradigme, postulant le caractère construit de toutes les figures de Paul héritées de la tradition et, en conséquence, l’impossibilité d’accéder, dans la réalité des faits, à la personne historique de l’Apôtre ; le renoncement au critère de normativité traditionnellement attaché au corpus des lettres canoniques ; le développement de la tradition en termes de « trajectoires » et la légitimité des différentes composantes de l’héritage paulinien qu’elles représentent » (p. 322).

Pour autant, l’A. ne récuse en rien tout lien avec le Paul de l’histoire : « Il apparaît enfin, à la lumière de la magistrale réflexion ricoeurienne sur l’épistémologie de l’histoire, que le caractère construit du personnage de Paul dans les Actes n’invalide en rien la solidité de son rapport à la tradition parvenue jusqu’à Luc » (p. 46). Simplement, le problème n’est donc plus de rechercher ce Paul historique, mais de mettre en lumière les éléments de la construction du personnage. Ce que l’A. va faire, par le biais de l’analyse narrative, en relisant en particulier quelques grands discours des Actes : d’une part ceux qui présentent Paul comme un juif converti (Ac 9,1-30 ; 22,1-22 et 26,2-23), d’autre part ceux qui le présentent comme missionnaire des Juifs et des Païens (Ac 13,14 – 14,7 ; 14,8-20 ; 17,16-32).

Qu’est-il donc en définitive ce Paul des Actes ? L’A. considère que les chapitres 27-28 sont une forme de conclusion et répondent à cette question : « Pas plus qu’à Antioche de Pisidie, le fait que Paul, obligé de quitter la synagogue pour continuer sa mission, déclare aller désormais vers les nations païennes, ne signifie qu’il rompt avec le judaïsme : en précisant qu’il se rend chez Titius Justus, un ‘adorateur de Dieu’ dont la maison se trouve juste à côté de la synagogue, le narrateur met en scène, en quelque sorte, son désir de maintenir une relation étroite avec la partie du judaïsme qui le rejette » (p. 281). En fait, « comme le narrateur s’est attaché à le souligner dans les chapitres consacrés à l’activité missionnaire de Paul, la mission juive est indissociable de la mission païenne. Faire le bilan de la prédication aux juifs suppose de savoir aussi ce qu’il en est de la prédication auprès des païens » (p. 287). Ce qui permet à l’A. d’affirmer : « Luc déploie, par le biais de son récit, une théologie de l’accomplissement qui enracine dans le plan de Dieu le lien, constitutif à ses yeux, du judaïsme et du christianisme. Sans ce lien, qui donne un caractère exemplaire à la figure de Paul, qu’en est-il de l’universalité du message chrétien ? » (p. 325).

Le lecteur ne peut qu’être marqué par la qualité des analyses, au point qu’il sera difficile dorénavant de lire l’un ou l’autre discours des Actes sans se référer au remarquable travail d’O. Flichy.  Nul ne peut contester aujourd’hui que le Paul des Actes est largement le Paul de Luc. Faut-il pour autant souscrire au ‘nouveau paradigme’ mis en avant par l’A., et laisser définitivement dans la coulisse la question du Paul historique ? La question du sens a certes largement aujourd’hui remplacé celle de la vérité, mais il n’est pas sûr qu’elle soit totalement légitimée : le « est-ce que c’est vrai », naïvement posé par tant de lecteurs de la Bible, garde de beaux jours devant lui, et l’exégèse catholique, si elle s’enrichit d’autres manières d’aborder le texte, ne peut passer la question de la vérité historique aux pertes et profits.

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