1 Pierre

Chapitre 4

 1Le Christ ayant donc souffert dans la chair, vous aussi armez-vous de cette même pensée, à savoir : celui qui a souffert dans la chair a rompu avec le péché, 2pour passer le temps qui reste à vivre dans la chair, non plus selon les passions humaines, mais selon le vouloir divin. 3Il suffit bien en effet d’avoir accompli dans le passé la volonté des païens, en se prêtant aux débauches, aux passions, aux saouleries, orgies, beuveries, au culte illicite des idoles. 4À ce sujet, ils jugent étrange que vous ne couriez pas avec eux vers ce torrent de perdition, et ils se répandent en outrages. 5Ils en rendront compte à celui qui est prêt à juger vivants et morts. 6C’est pour cela, en effet, que même aux morts a été annoncée la Bonne Nouvelle, afin que, jugés selon les hommes dans la chair, ils vivent selon Dieu dans l’esprit.               

L’exhortation des versets 1-3 a de nouveau une forte coloration baptismale. Elle oppose deux temps, celui d’avant et des passions humaines, à celui d’aujourd’hui, conforme au vouloir divin.

On remarque que, si la chair est mentionnée, l’esprit ne l’est pas : les deux le seront plus loin au verset 6.

Les passions diverses évoquées au verset 3 sont une vulgate anti-païenne.

Le verset 4 suggère que les païens continuent d’exercer, ou de vouloir exercer, un certain attrait sur les convertis au christianisme : le contexte politique est donc celui d’une lutte.

Pour soutenir la résistance des chrétiens, Pierre évoque la figure du Dieu juge. Ac 10,42 et 2 Tm 4,1 évoquent un tel jugement « des vivants et des morts », mais l’attribuent à Jésus : même si cela ne semble pas être le cas, il serait logique qu’il en soit de même ici, dans la mesure où celui qui est allé prêcher aux morts dans le chapitre précédent est Jésus.

Cette insistance sur la bonne nouvelle annoncée aux morts pourrait s’expliquer par des questionnements au sein de la communauté sur la situation de ceux qui les ont précédés.

7La fin de toutes choses est proche. Soyez donc sages et sobres en vue de la prière. 8Avant tout, conservez entre vous une grande charité, car la charité couvre une multitude de péchés. 9Pratiquez l’hospitalité les uns envers les autres, sans murmurer. 10Chacun selon la grâce reçue, mettez-vous au service les uns des autres, comme de bons intendants d’une multiple grâce de Dieu. 11Si quelqu’un parle, que ce soit comme les paroles de Dieu ; si quelqu’un assure le service, que ce soit comme par un mandat reçu de Dieu, afin qu’en tout Dieu soit glorifié par Jésus Christ, à qui sont la gloire et la puissance pour les siècles des siècles. Amen.   

Série d’exhortations classiques dans une homélie, sans liens rigoureux entre elles. Le thème le plus général est celui de la charité au sein de la communauté.

La dimension rédemptrice de la charité était attribuée par Tb 12,9 à l’aumône, et par Jc 5,20 à celui qui conduit un pécheur au salut. Dans les deux cas, il s’agit d’une forme de charité, mais le terme agapê n’apparaît pas. Et en 1 Co 13, la formule pétrinienne n’apparaît pas non plus. Pierre fait donc œuvre originale.

Les versets 10-11, où apparaît en grec le terme de charisme, nous reconduisent à proximité de 1 Co, en son chapitre 14 : mais alors que Paul juge de la validité d’un charisme sur l’effet qu’il produit dans la communauté, Pierre s’interroge en priorité sur sa provenance divine. Il s’agit pour lui de tout rapporter à Dieu.

12Très chers, ne jugez pas étrange l’incendie qui sévit au milieu de vous pour vous éprouver, comme s’il vous survenait quelque chose d’étrange. 13Mais, dans la mesure où vous participez aux souffrances du Christ, réjouissez-vous, afin que, lors de la révélation de sa gloire, vous soyez aussi dans la joie et l’allégresse. 14Heureux, si vous êtes outragés pour le nom du Christ, car l’Esprit de gloire, l’Esprit de Dieu repose sur vous.  15Que nul de vous n’ait à souffrir comme meurtrier, ou voleur, ou malfaiteur, ou comme délateur, 16mais si c’est comme chrétien, qu’il n’ait pas honte, qu’il glorifie Dieu de porter ce nom. 17Car le moment est venu de commencer le jugement par la maison de Dieu. Or s’il débute par nous, quelle sera la fin de ceux qui refusent de croire à la Bonne Nouvelle de Dieu ? 18Si le juste est à peine sauvé, l’impie, le pécheur, où se montrera-t-il ? 19Ainsi, que ceux qui souffrent selon le vouloir divin remettent leurs âmes au Créateur fidèle, en faisant le bien.

Les versets 12-19 reprennent le thème déjà évoqué de la dimension positive de la souffrance, du moins lorsque celle-ci est conforme au vouloir divin (v. 19). Cette insistance montre clairement que le contexte socio-politique est dur, défavorable aux chrétiens : d’ailleurs l’emploi du terme incendie est significatif.

Très frappant est le fait que la contrepartie de la participation aux souffrances du Christ n’est pas la résurrection (ni le terme lui-même ni sa racine n’apparaissent), mais « la joie et l’allégresse » ou la présence de l’Esprit : plus que de Paul donc, il est possible que l’inspiration provienne des Béatitudes (comparer v. 13 à Mt 5,12).

Il faut noter que le verbe « participer » est ici en grec koinoô, et non pas metechô : communion donc, avec une orientation plus spirituelle.

Les versets 15-16 reviennent sur un thème important, celui de l’exemplarité chrétienne (notons que « délateur » est une traduction particulière, le grec évoquant comme le propose la TOB le fait de surveiller les autres, de s’occuper de leurs affaires).

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