1 Pierre

Chapitre 3

 1Pareillement, vous les femmes, soyez soumises à vos maris, afin que, même si quelques-uns refusent de croire à la Parole, ils soient, sans parole, gagnés par la conduite de leurs femmes, 2en considérant votre vie chaste et pleine de respect. 3Que votre parure ne soit pas extérieure, faite de cheveux tressés, de cercles d’or et de toilettes bien ajustées, 4mais à l’intérieur de votre cœur dans l’incorruptibilité d’une âme douce et calme : voilà ce qui est précieux devant Dieu. 5C’est ainsi qu’autrefois les saintes femmes qui espéraient en Dieu se paraient, soumises à leurs maris : 6telle Sara obéissait à Abraham, en l’appelant son Seigneur. C’est d’elle que vous êtes devenues les enfants, si vous agissez bien, sans terreur et sans aucun trouble.               

Maintenant l’adresse aux femmes, avec une invitation à la soumission aux maris : comment ne pas penser à Ep 5,22.24 ? Le code est donc classique, mais la justification très différente d’Ep : il s’agit encore une fois ici (cf. 2,12) de prêcher par l’exemple. Il reste que chez Paul, cette soumission de la femme au mari est largement balancée par une invitation faite au mari d’aimer sa femme : ici, l’adresse est un peu plus unilatérale dans ses exigences.

Notons que ce vocabulaire de la soumission revient à plusieurs reprises en 1P, en particulier dans les tabelles domestiques :  2,13.18 ; 3,1.5.22 ; 5,5. Il marque la volonté de l’auteur de ne pas faire de vagues.

Le mot traduit ici par conduite est toujours le grec anastrophê.

Les versets 2 et surtout 3, très proche de 1 Tm 2,9, manifestent que Pierre ne fait que reprendre des exhortations connues.

Le terme kosmos, employé ici en final et traduit par « bien ajustées », ne renvoie pas seulement à la terre, mais aussi à la décoration, à l’apparence : on pense au mot français cosmétique.

La thématique « pour l’apparence ou la galerie » vs « dans le cœur » est connue dans le monde juif : elle est déjà évoquée dans l’AT à propos de la circoncision (Dt 10,16).

On retrouve encore une référence à l’incorruptibilité, mais rapportée ici à l’âme : il faut vraiment soupçonner un débat à ce sujet au sein de la communauté chrétienne.

7Vous pareillement, les maris, menez la vie commune avec compréhension, comme auprès d’un être plus fragile, la femme ; accordez-lui sa part d’honneur, comme cohéritière de la grâce de Vie. Ainsi vos prières ne seront pas entravées.              

Le début de ce verset mérite d’être retraduit au plus près du texte : « Vous de même les maris, menez la vie commune selon la connaissance (gnôsin) comme auprès d’un partenaire féminin plus fragile ». Et l’on comprend que le terme de connaissance, dont on ne sait pas précisément à quoi il se rapporte, n’a pas une interprétation évidente… Compte tenu de l’évocation de la grâce de la vie, il semble bien que l’arrière-plan soit relatif à la vie sexuelle, et que l’homme soit invité à un respect dont il manque.

On est quand même assez loin des exigences posées par Paul en Ep aux maris.

8Enfin, vous tous, en esprit d’union, dans la compassion, l’amour fraternel, la miséricorde, l’esprit d’humilité, ne rendez pas mal pour mal, insulte pour insulte. Bénissez, au contraire, car c’est à cela que vous avez été appelés, afin d’hériter la bénédiction.     

Ces deux versets viennent en conclusion de l’exhortation aux femmes puis aux maris, en leur proposant des perspectives communes : compte tenu de ce qui vient d’être dit, il est tout à fait possible que ces nouvelles exhortations visent la paix de la vie conjugale, et non pas très généralement la vie en société.

L’influence de l’enseignement de Jésus (Mt 5,38-48; Lc 6,27-36), et sa reprise par Paul (Rm 12,14 ; 1 Co 4,12 ; 1 Th 5,15), sont manifestes.

10Qui veut, en effet, aimer la vie et voir des jours heureux doit garder sa langue du mal et ses lèvres des paroles fourbes, 11s’éloigner du mal et faire le bien, chercher la paix et la poursuivre.         

Le propos sur la langue évoque immédiatement la lettre de Jacques (ch. 3), témoignant d’une constante homilétique, mais il est ici très peu développé. Il est associé à d’autres exhortations « classiques » telles faire le bien (Sg 16,24 ; Is 1,17 ; Mc 14,7 ; 2 Co 13,7 ; Ga 6,9 ; Ep 6,29 etc.) ou s’écarter du mal (Jb 2,3 ; 34,10 ; Pr 16,6 etc.). Pierre pioche dans un réservoir connu sans grande originalité.

12Car le Seigneur a les yeux sur les justes et tend l’oreille à leur prière, mais le Seigneur tourne sa face contre ceux qui font le mal. 13Et qui vous ferait du mal, si vous devenez zélés pour le bien ? 14Heureux d’ailleurs quand vous souffririez pour la justice ! N’ayez d’eux aucune crainte et ne soyez pas troublés. 15Au contraire, sanctifiez dans vos cœurs le Seigneur Christ, toujours prêts à la défense contre quiconque vous demande raison de l’espérance qui est en vous. 16Mais que ce soit avec douceur et respect, en possession d’une bonne conscience, afin que, sur le point même où l’on vous calomnie, soient confondus ceux qui décrient votre bonne conduite dans le Christ. 17Car mieux vaudrait souffrir en faisant le bien, si telle était la volonté de Dieu, qu’en faisant le mal.

Cette idée de bienveillante providence divine, donnée comme allant de soi, est pourtant déjà mise en cause dès l’Ancien Testament : pour Tb 12,10, le problème n’est pas tant la rétribution divine que les torts que les méchants se font à eux-mêmes ; et Ml 3,15 ose dire : « ils prospèrent, ceux qui font le mal ; ils mettent Dieu à l’épreuve et ils s’en tirent ! » (FBJ)

Le verset précédent laissait à désirer tant il est connu que le bien n’est pas toujours récompensé. Un autre argument est donc invoqué : faire le bien en étant payé par le mal a une valeur exemplaire et sanctificatrice. C’est le gage d’une réelle espérance et le modèle d’une bonne conduite. Mais là, l’auteur ne garantit aucune récompense : les termes qui viennent sous sa plume sont calomnie et souffrance ! On peut s’étonner, par rapport aux propos équivalents de Paul, que l’auteur n’évoque pas spontanément la configuration au Christ : elle vient dans les versets suivants, mais indirectement en faisant référence à une hymne.

18Le Christ lui-même est mort une fois pour les péchés, juste pour des injustes, afin de nous mener à Dieu. Mis à mort selon la chair, il a été vivifié selon l’esprit. 19C’est en lui qu’il s’en alla même prêcher aux esprits en prison, 20à ceux qui jadis avaient refusé de croire lorsque se prolongeait la patience de Dieu, aux jours où Noé construisait l’Arche, dans laquelle un petit nombre, en tout huit personnes, furent sauvées à travers l’eau. 21Ce qui y correspond, c’est le baptême qui vous sauve à présent et qui n’est pas l’enlèvement d’une souillure charnelle, mais l’engagement à Dieu d’une bonne conscience par la résurrection de Jésus Christ, 22lui qui, passé au ciel, est à la droite de Dieu, après s’être soumis les Anges, les Dominations et les Puissances.               

Une nouvelle justification va donc venir, évoquant les usages pauliniens : l’exemple donné par le Christ. Les versets 18-22 suivent dans leur ensemble un schéma connu : rappel de la mort, passage par les enfers, résurrection, exaltation. Le baptême est explicitement mentionné, et il est clair que ces versets sont l’écho d’une hymne baptismale. Seulement, jusqu’où s’étend cette hymne ? À lui tout seul, le verset 18 constitue un ensemble hymnique complet, et ce qui suit paraît plutôt commenter le passage au shéol et constituer une sorte de catéchèse.

Les sources de ce verset 18 sont communes et connues : mort pour les péchés (cf. 1 Co 15,3) , une fois (apax, cf. He 9,28), selon la chair/selon l’esprit (Rm 1,3 ; 8,5), mort/vie.

La patience de Dieu rappelle les propos de Paul en Rm 3,21-25.

Les esprits en prison sont ceux qui ont refusé de croire, sans que soit évoqué l’objet de la foi.

Le baptême est considéré comme la nouvelle arche de salut, qui permet de traverser les eaux de la mort. Ce thème de l’arche de Noé se retrouve en Mt 24,38//Lc 17,27 pour évoquer la fin des temps ; en He 11,7 pour évoquer la foi de Noé. Mais cette référence baptismale est très singulière.

Singulier aussi le rappel sur la vraie nature du baptême qui n’est donc pas enlèvement d’une souillure charnelle, mais remise de soi à Dieu. Faut-il soupçonner une pointe anti-paulinienne ?

Si le verset 18 évoquait l’hymne de 1 Tm 3, 16, le verset 22 renvoie plutôt à Col 1,15-20.

Le thème de la session de Jésus à la droite de Dieu se retrouve à plusieurs reprises dans le NT, et il semble avoir pour origine une assimilation au Fils de l’homme : cf. Ac 7,55-56 ; Rm 8,34 ; Col 3,1.

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