1 Pierre

Lecture (texte BJ)

Chapitre 1

 1Pierre, apôtre de Jésus Christ, aux étrangers de la Dispersion : du Pont, de Galatie, de Cappadoce, d’Asie et de Bithynie, élus 2selon la prescience de Dieu le Père, dans la sanctification de l’Esprit, pour obéir et être aspergés du sang de Jésus Christ. À vous grâce et paix en abondance.

« Apôtre de Jésus-Christ », appellation familière à Paul : on ne retrouve pas ici la valeur revendicatrice qu’elle a chez l’apôtre des nations.

« Étrangers de la Dispersion » : l’évocation au verset 14 des passions de jadis et du temps de l’ignorance, puis au verset 18 de la « vaine conduite des pères », renvoie plutôt aux païens. Le caractère étranger serait alors le fruit de la conversion chrétienne : les destinataires de l’écrit sont les chrétiens, étrangers dispersés dans la mesure où ils sont loin de leur patrie céleste (cf. Ph 3,20 ou Ep 2,19).

Les régions citées par Pierre
Les régions citées par Pierre

Les régions citées sont toutes au nord de l’Asie mineure actuelle, alors que Paul s’adressait lui aux habitants de la province galate romaine du sud : peut-être faut-il voir là l’effet « géographique » lointain du partage des tâches évoqué par Paul en Ga 2,7-9, même si ce partage n’a plus cours. Pierre a-t-il connu personnellement les habitants de ces contrées ? Les commentateurs en doute, mais il faut quand même rappeler que l’on est aucunement renseigné sur la vie apostolique de Pierre après qu’il ait été libéré de prison d’après Ac 12,17 : il a probablement beaucoup voyagé (Ac 9,32) en passant comme Paul à Corinthe où un parti se réclame de lui (1 Co 1,12), et un voyage en Asie mineure n’a rien d’impossible. Mais Pierre n’a pas eu de biographe pour évoquer un tel voyage.

Ici une formule résolument trinitaire. La prescience (prognosis) est attribuée au Père et fait référence à son plan de salut (cf. Ac 2,23). La sanctification est donc l’œuvre de l’Esprit, dit justement « saint », qui n’est pas présent seulement lors de l’appel, mais aussi dans toute la vie nouvelle avec Dieu (même idée en 2 Th 2,13). Le sang fait référence au sacrifice du Christ sur la croix, mais le thème de l’aspersion, qui renvoie aux sacrifices du temple (cf. Ex 24,3), lui donne une couleur très juive. La mention de l’obéissance pourrait bien être due à certaines circonstances locales qui l’exigeraient.

La demande de « grâce et paix » fait partie des vœux traditionnels de l’époque : Rm 1,7 ; 1 Co 1,3 etc.

3Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ : dans sa grande miséricorde, il nous a engendrés de nouveau par la Résurrection de Jésus Christ d’entre les morts, pour une vivante espérance, 4pour un héritage exempt de corruption, de souillure, de flétrissure, et qui vous est réservé dans les cieux, à vous 5que, par la foi, la puissance de Dieu garde pour le salut prêt à se manifester au dernier moment.

Une bénédiction peut faire aussi partie des introductions des lettres de Paul : 2 Co 1,3 ; Ep 1,3s. En fait, il s’agit d’un genre littéraire déjà bien connu de l’Ancien Testament (Gn 9,26 ; 14,19 ; Nb 6,24-26 etc.), qui rappelle souvent le passé et anticipe un avenir heureux.

L’appellation « Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ » se retrouve en Rm 15,6 ; 2 Co 1,3 et Ep 1,3 (ces deux derniers passages viennent d’être évoqués : la bénédiction semble bien avoir une origine liturgique, sans doute baptismale si l’on se réfère aux contenus) ; Col 1,3 etc.

La résurrection de Jésus est ici présentée comme une re-naissance, œuvre de miséricorde, qui ouvre l’avenir.

La nature de l’héritage n’est pas ici précisée, comme elle l’est en 1 Co 6,9-10 ; 15,50 ou Ga 5,21 (Royaume de Dieu). L’évocation paulinienne la plus proche pourrait bien être Ep 1,18, où l’héritage n’est pas plus défini qu’en 1,14 mais mis en rapport avec l’espérance, ou bien encore Tt 3,7.

La corruption est une dimension du monde actuel : cf. Rm 8,21 ; 1 Co 15,42 où le monde futur est justement présenté comme incorruptible.

Première apparition du thème de la foi que l’on va retrouver plus bas. Cette foi est mise en étroit rapport avec le salut : elle en est la garde et le garant.

6Vous en tressaillez de joie, bien qu’il vous faille encore quelque temps être affligés par diverses épreuves, 7afin que, bien éprouvée, votre foi, plus précieuse que l’or périssable que l’on vérifie par le feu, devienne un sujet de louange, de gloire et d’honneur, lors de la Révélation de Jésus Christ. 8Sans l’avoir vu vous l’aimez ; sans le voir encore, mais en croyant, vous tressaillez d’une joie indicible et pleine de gloire, 9sûrs d’obtenir l’objet de votre foi : le salut des âmes.

Après la bénédiction, Pierre entre dans le vif du sujet, et il est clair que la foi de son auditoire représente une préoccupation : votre foi (v. 7), en croyant (v. 8), votre foi (v. 9). Il s’agit de la stimuler pour tenir bon dans l’épreuve (v. 7) et parvenir au salut (v. 9)..

Du point de vue de la forme et du contenu, les versets 6-7 offrent d’incontestables similarités avec Jc 1,2-3 : la proximité des deux écrits est posée d’emblée.

La joie n’est pas incompatible avec l’épreuve car ses fondements sont ailleurs, dans l’espérance du salut (cf. v. 9).

Le thème du feu purificateur est classique à l’époque : cf. « c’est ce feu qui éprouvera la qualité de l’œuvre de chacun » en 1 Co 3,13.

Dans ces versets 8-9, Pierre revient sur la trilogie joie/foi/salut. Il introduit le thème nouveau de l’amour (agapaô). C’est cet amour qui fonde la foi.

10Sur ce salut ont porté les investigations et les recherches des prophètes, qui ont prophétisé sur la grâce à vous destinée. 11Ils ont cherché à découvrir quel temps et quelles circonstances avait en vue l’Esprit du Christ, qui était en eux, quand il attestait à l’avance les souffrances du Christ et les gloires qui les suivraient. 12Il leur fut révélé que ce n’était pas pour eux-mêmes, mais pour vous, qu’ils administraient ce message, que maintenant vous annoncent ceux qui vous prêchent l’Évangile, dans l’Esprit Saint envoyé du ciel, et sur lequel les anges se penchent avec convoitise.

Il semble que les auditeurs de Pierre s’interrogent sur la réalité du salut, peut-être du fait qu’il tarde à se manifester alors que la situation est tendue. Pierre rappelle donc que d’autres aussi l’ont attendu, en particulier les prophètes, et que les anges le considèrent avec convoitise : puisque les auditeurs de Pierre bénéficient maintenant (v. 12) de ce salut, l’apôtre souligne qu’il s’agit d’un privilège qui doit être honoré, et d’une responsabilité. Sans doute faut-il rappeler ici la force du « maintenant » dans les lettres pauliniennes.

Intéressante christologisation ici : l’Esprit des prophètes est celui du Christ, le même que celui qui se trouve sur les prédicateurs de l’évangile. Chez les Pères de l’Église, les théophanies de l’AT seront volontiers considérées comme des christophanies, Dieu ne pouvant être vu. La prophétie portait donc déjà l’annonce d’un Messie mort et ressuscité. Sans que l’on sache quelle prophétie !

L’expression étonnante « les gloires » se retrouve en 2 P 2,10 et Jude 1,8. Cela ne suffit pas à l’éclairer. Ici, il semble que soient visés des événements post-mortem tels que Résurrection, Ascension…

C’est une révélation, un dévoilement du plan de salut divin.

Le terme « administrateur » traduit le grec « diakoneô », servir, gérer. Les prophètes étaient déjà des « diacres »…

Que viennent faire tout à coup les anges ici ? Peut-être simplement pour souligner l’importance du don fait par Dieu à travers l’évangile.

13L’intelligence en éveil, soyez sobres et espérez pleinement en la grâce qui doit vous être apportée par la révélation de Jésus Christ. 14En enfants obéissants, ne vous laissez pas modeler par vos passions de jadis, du temps de votre ignorance. 15Mais, à l’exemple du Saint qui vous a appelés, devenez saints, vous aussi, dans toute votre conduite, selon qu’il est écrit : Vous serez saints, parce que moi, je suis saint.         

La responsabilité dont il vient d’être question doit se traduire dans le cadre d’une éthique, dans un mode de vie approprié, en d’autres termes dans une « conduite » (v. 15 ; grec anastrophê, un terme clé de notre lettre puisqu’on le retrouve en 1,18 ; 2,12 ; 3,1.2.16)) : tel est le point que Pierre aborde maintenant.

Littéralement « ayant ceint les reins de votre intelligence », ce qui fait penser au départ des Hébreux d’Égypte (Ex 12,11) et évoque un climat de veille. La requête de sobriété est aussi présente en 1 Th 5,6-8, dans ce même climat de veille, et on va la retrouver dans notre lettre en 4,7 et 5,8 : elle ne semble ni accidentelle ni métaphorique.

L’évocation des passions de jadis milite clairement ici en faveur d’un auditoire païen. Tout comme l’évocation du temps de l’ignorance.

L’appel à la sainteté, classique, est modelé sur Lv 19,1-2 (// Lv 11,44-45). Pierre précise « dans toute votre conduite », au moyen du terme grec anastrophê qui, dans le NT, semble une quasi-exclusivité des lettres pétriniennes : 8 des 13 emplois, dont 6 dans cette première lettre (1,15.18 ; 2,12 ; 3,1.2.16). Il est clair que Pierre attend de ses interlocuteurs une réaction pratique.

17Et si vous appelez Père celui qui, sans acception de personnes, juge chacun selon ses œuvres, conduisez-vous avec crainte pendant le temps de votre exil. 18Sachez que ce n’est par rien de corruptible, argent ou or, que vous avez été affranchis de la vaine conduite héritée de vos pères, 19mais par un sang précieux, comme d’un agneau sans reproche et sans tache, le Christ, 20discerné avant la fondation du monde et manifesté dans les derniers temps à cause de vous. 21Par lui vous croyez en Dieu, qui l’a fait ressusciter d’entre les morts et lui a donné la gloire, si bien que votre foi soit en Dieu comme votre espérance.     

Intervention inopinée du qualificatif Père, rencontré dans l’introduction mais oublié ensuite et qu’on ne retrouvera pas plus loin dans la lettre. Il semble que Pierre veuille rappeler que la proximité de Dieu n’excuse pas toutes les conduites.

Ce Dieu est non seulement Père, mais il est aussi celui qui juge selon les œuvres (Rm 2,6), sans faire acception des personnes (thème classique : Lv 19,15 ; Dt 1,17 ; Si 35,12-14 ; Rm 2,11 ; Ep 6,9 etc.).

Le temps de la terre est un temps d’exil (gr. paroikia), où l’on se reconnaît comme étranger, de passage. Notre cité est dans les cieux, dira Paul en Ph 3,20.

Le thème de la « vaine conduite des pères » suggère à nouveau un auditoire païen.

Le vocabulaire de la corruptibilité se trouve à trois reprises en 1 Pierre 1 ( versets 4.18.23), et deux fois dans en 2 P. Il est donc important dans ce début de lettre.  Le verbe grec traduit ici par « affranchis » est le grec lutroô, que l’on connaît chez Paul à l’arrière-plan de Rm 3,24 lorsqu’il est question du rachat ou de la rédemption que Jésus opère sur la croix.

« Discerné avant la fondation du monde » : l’idée d’un plan de salut de Dieu, si présente chez Paul en Rm 8, et déjà évoquée en 1,2, se retrouve ici. Elle ne concerne pas que le début du salut, mais toute son histoire puisque Pierre évoque aussi les derniers temps.

Tout le passage n’est pas sans évoquer Ep 1,14 : « C’est ainsi qu’Il nous a élus en lui, dès avant la fondation du monde, pour être saints et immaculés en sa présence ». Le terreau commun pourrait être liturgique.

Retour sur le thème de la foi, lien avec Dieu. On notera que les traducteurs BJ ont traduit « qui l’a fait ressusciter » sans qu’apparaisse une raison claire de ne pas choisir la traduction « qui l’a ressuscité »…

Avec la foi est mentionnée l’espérance, et le troisième terme, charité, va apparaître dans le verset suivant.

22En obéissant à la vérité, vous avez sanctifié vos âmes, pour vous aimer sincèrement comme des frères. D’un cœur pur, aimez-vous les uns les autres sans défaillance, 23engendrés de nouveau d’une semence non point corruptible, mais incorruptible : la Parole de Dieu, vivante et permanente.                            

Termes clés : obéissance, vérité, amour. Mais on remarquera que l’amour apparaît sous deux vocables, philadelphia et agapê, le deuxième semblant corriger en quelque sorte le premier. Ou plutôt, une invitation finale à mettre en oeuvre l’agapê, qui remplira alors l’exigence de philadelphia.

À nouveau la nouvelle naissance, puis l’incorruptibilité, autrement dit des références au baptême, mais l’origine de toute cela est attribuée à la Parole de Dieu. L’environnement liturgique est probable.

24Car toute chair est comme l’herbe et toute sa gloire comme fleur d’herbe ; l’herbe se dessèche et sa fleur tombe ; 25mais la Parole du Seigneur demeure pour l’éternité. C’est cette Parole dont la Bonne Nouvelle vous a été portée.            

Citation d’Is 40,6-8 qui rappelle la vanité des choses du monde.

À nouveau, la parole de Dieu dans l’AT, celle qui est donnée par les prophètes, est assimilée à celle de l’évangile. Pierre souligne sa dimension immortelle, qui contribue ainsi à encourager les auditeurs dans les turbulences.

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