Rhétorique (1ère partie)

Quand Paul évoque en 1 Co 2 ses capacités personnelles dans le domaine de l’expression orale, il est très net : « Quand je suis venu chez vous, frères, ce n’est pas avec le prestige de la parole ou de la sagesse que je suis venu pour annoncer le mystère de Dieu (…) Ma parole et ma prédication n’avaient rien des discours persuasifs de la sagesse ». Ailleurs, en 2 Co 10,9-102 Co 10,9-10
French: Louis Segond (1910) - SEG

9 afin que je ne paraisse pas vouloir vous intimider par mes lettres. 10 Car, dit-on, ses lettres sont sévères et fortes; mais, présent en personne, il est faible, et sa parole est méprisable.  

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, il compare cette expression orale à l’expression écrite : « Je ne veux pas avoir l’air de vous effrayer par mes lettres, car ses lettres, dit-on, ont du poids et de la force ; mais, une fois présent, il est faible et sa parole est nulle ».

Bon à l’écrit, mauvais à l’oral : voilà le carnet scolaire de l’ « élève Paul » tel que l’indiquent ses lettres. Il faut certainement faire la part des choses ; lorsque Paul soutient en 1 Co que sa parole est nulle, cette affirmation a une incidence théologique : il s’agit pour l’apôtre de faire comprendre que les beaux discours masquent la réalité de la croix du Christ.

Mais le problème se complique car, s’il est impossible à l’examinateur d’aujourd’hui d’évaluer la justesse de l’appréciation portée sur l’oral, il ne lui est peut-être pas possible non plus de juger de l’écrit. Car il faut avoir préalablement répondu à une question difficile : ces lettres sont-elles « vraiment » de Paul ? Sont-elles bien sorties de sa propre plume ? A. Brunot l’a pensé autrefois et l’on peut se reporter à son étude [1]. Mais il est légitime aujourd’hui de se demander la pertinence d’un tel travail. Dans son brillant ouvrage sur le style de Paul, déjà évoqué plus haut lorsqu’il a été question des Pastorales, J. Murphy O’Connor a montré que, compte tenu de la part incontestable prise par les secrétaires et surtout par les co-auteurs, on ne peut qu’être très réticent à parler du « style » de Paul [2] : « Dans l’incapacité où nous sommes de déterminer avec précision la contribution d’un coauteur, de délimiter l’importance du travail de secrétariat, de décider du nombre de secrétaires utilisés, il nous est impossible de définir un style de Paul, qui permettrait de repérer des divergences significatives par rapport à la norme » [3].

Je l’ai souligné plus haut : si les Pastorales sont des lettres authentiques de Paul, alors, en l’absence de coauteurs, elles sont les seules à nous permettre de déterminer le style de Paul. Mais alors, du Paul des origines, des années 40…

Faut-il alors fermer ce chapitre aussitôt après l’avoir ouvert ? Non, car s’il s’agit seulement de préciser quelques procédés ou genres littéraires utiles à connaître employés dans les lettres, qu’ils soient ou non directement de l’apôtre, alors un tel travail reste non seulement possible, mais encore utile dans la mesure où il favorise une meilleure lecture des lettres. Par commodité, et faute de pouvoir rendre à chacun ce qui lui revient, nous continuerons donc de parler plus loin de Paul comme s’il était l’unique rédacteur de ses lettres.

Les commentateurs, au fil du temps, ont mis l’accent d’abord sur le style diatribique, puis sur le style rhétorique : quand bien même la diatribe peut apparaître comme un procédé de la rhétorique, on ne peut tout à fait confondre les deux. Peut-on parler d’un style apocalyptique ? Sans doute si l’on considère l’Apocalypse de saint Jean : mais il est difficile de situer dans le même genre les lettres de Paul, à l’exception de quelques passages dans les lettres aux Thessaloniciens. Il vaut donc sans doute mieux traiter de cette influence apocalyptique éventuelle au niveau du contenu, à propos de la théologie paulinienne. En revanche, il existe certains procédés littéraires spécifiques aux lettres de Paul, qui, sans constituer un style, méritent d’être mentionnés. On considérera donc successivement le style rhétorique, puis la spécificité diatribique, avant de s’intéresser aux procédés littéraires particuliers des lettres.

I. La rhétorique

I. 1. Présentation

Depuis plus de vingt ans, les commentateurs de Paul ont remis au premier plan de leurs études sur le style et le contenu des lettres de l’apôtre la considération des genres et des procédés issus de la rhétorique gréco-romaine. Rappelons que les principes en sont connus à partir de quelques ouvrages majeurs [4] :

  • Les oeuvres de la maturité de Cicéron (De oratore, Oratoriae partitiones, De optimo genere oratorum etc.)
  • L’ouvrage anonyme Rhetorica ad Herrenium
  • L’Institutio oratoria de Quintilien

Nos auteurs reconnaissent trois genres principaux dans le discours, et Murphy O’Connor [5] les synthétise dans un tableau, qu’il sait bien sûr réducteur :

Éloquence délibérative

Objectif Obtenir l’adoption ou l’abandon d’une action
Méthode La persuasion ou la dissuasion
Auditoire Doit prendre une décision
Temps L’avenir

Éloquence judiciaire

Objectif Obtenir que justice soit faite
Méthode Accusation ou défense
Auditoire Doit prendre une décision
Temps Le passé

Éloquence démonstrative

Objectif Célébrer des valeurs communes en montrant que quelqu’un est ou non digne d’honneurs
Méthode L’éloge ou le blâme
Auditoire Simple spectateur de l’art de l’orateur
Temps Le présent

H.D. Betz, dans une étude préparant son commentaire de Galates [6], a largement contribué à cette orientation. Il « distribue » la lettre aux Galates selon le schéma suivant, hérité de Quintilien et de Cicéron :

  • Exordium : 1,6-11
  • Narratio : 1,12-2,14
  • Propositio : 2,15-21
  • Probatio : 3,1-4,31
  • Exhortatio : 5,1-6,10
  • Conclusio : 6,11-18

Toute séduisante et suggestive qu’elle soit, et rejoignant d’ailleurs d’autres structurations établies à partir de principes différents, cette distribution – qui est plutôt une mise en forme logique – a quelque chose d’un peu forcé [7] qui conduit son auteur à se justifier au fil du commentaire. On notera en particulier cette remarque : « Il est plutôt étonnant de constater que la parénèse (ou exhortation) ne joue qu’un rôle marginal dans les livres anciens de rhétorique, sinon même dans la rhétorique elle-même » [8]. Le meilleur commentaire de cette tentative de Betz est celui que fournit W.D. Davies dans une longue recension de l’ouvrage de Betz : « Betz a tendance à (…) aller trop directement du monde gréco-romain à l’interprétation de Galates (…) Ce serait un mauvais service à rendre à l’apôtre de confondre le moyen et le message, de se concentrer sur la forme au point de ne pas donner la priorité à l’interprétation pour ce qui concerne la substance de la lettre » [9].

Plus largement, notre recenseur dénonce dans le commentaire de Betz la négligence des liens de Paul et de son environnement avec le judaïsme , et c’est bien ce qui frappe le lecteur : la rigidité de l’analyse formelle menée par Betz se conjugue avec, et résulte pour une part d’une négligence de la « judaïté » de Paul et de ceux qui l’ont aidé dans la composition de ses lettres.

Pourtant, l’application d’un modèle rhétorique aux lettres de Paul n’a cessé de gagner de nouveaux défenseurs, en particulier à la suite du travail pionnier de Kennedy, New Testament Interpretation through Rhetorical Criticism [10]. En langue française, l’un de ses grands protagonistes actuels est J. N. Aletti, dans l’ensemble de ses commentaires de la lettre aux Romains [Rm 1,18-3,20Rm 1,18-3,20
French: Louis Segond (1910) - SEG

18 La colère de Dieu se révèle du ciel contre toute impiété et toute injustice des hommes qui retiennent injustement la vérité captive, 19 car ce qu`on peut connaître de Dieu est manifeste pour eux, Dieu le leur ayant fait connaître. 20 En effet, les perfections invisibles de Dieu, sa puissance éternelle et sa divinité, se voient comme à l`oeil, depuis la création du monde, quand on les considère dans ses ouvrages. Ils sont donc inexcusables, 21 puisque ayant connu Dieu, ils ne l`ont point glorifié comme Dieu, et ne lui ont point rendu grâces; mais ils se sont égarés dans leurs pensées, et leur coeur sans intelligence a été plongé dans les ténèbres. 22 Se vantant d`être sages, ils sont devenus fous; 23 et ils ont changé la gloire du Dieu incorruptible en images représentant l`homme corruptible, des oiseaux, des quadrupèdes, et des reptiles. 24 C`est pourquoi Dieu les a livrés à l`impureté, selon les convoitises de leurs coeurs; en sorte qu`ils déshonorent eux-mêmes leurs propres corps; 25 eux qui ont changé la vérité de Dieu en mensonge, et qui ont adoré et servi la créature au lieu du Créateur, qui est béni éternellement. Amen! 26 C`est pourquoi Dieu les a livrés à des passions infâmes: car leurs femmes ont changé l`usage naturel en celui qui est contre nature; 27 et de même les hommes, abandonnant l`usage naturel de la femme, se sont enflammés dans leurs désirs les uns pour les autres, commettant homme avec homme des choses infâmes, et recevant en eux-mêmes le salaire que méritait leur égarement. 28 Comme ils ne se sont pas souciés de connaître Dieu, Dieu les a livrés à leur sens réprouvé, pour commettre des choses indignes, 29 étant remplis de toute espèce d`injustice, de méchanceté, de cupidité, de malice; pleins d`envie, de meurtre, de querelle, de ruse, de malignité; 30 rapporteurs, médisants, impies, arrogants, hautains, fanfarons, ingénieux au mal, rebelles à leurs parents, dépourvus d`intelligence, 31 de loyauté, d`affection naturelle, de miséricorde. 32 Et, bien qu`ils connaissent le jugement de Dieu, déclarant dignes de mort ceux qui commettent de telles choses, non seulement ils les font, mais ils approuvent ceux qui les font. 2 1 O homme, qui que tu sois, toi qui juges, tu es donc inexcusable; car, en jugeant les autres, tu te condamnes toi-même, puisque toi qui juges, tu fais les mêmes choses. 2 Nous savons, en effet, que le jugement de Dieu contre ceux qui commettent de telles choses est selon la vérité. 3 Et penses-tu, ô homme, qui juges ceux qui commettent de telles choses, et qui les fais, que tu échapperas au jugement de Dieu? 4 Ou méprises-tu les richesses de sa bonté, de sa patience et de sa longanimité, ne reconnaissant pas que la bonté de Dieu te pousse à la repentance? 5 Mais, par ton endurcissement et par ton coeur impénitent, tu t`amasses un trésor de colère pour le jour de la colère et de la manifestation du juste jugement de Dieu, 6 qui rendra à chacun selon ses oeuvres; 7 réservant la vie éternelle à ceux qui, par la persévérance à bien faire, cherchent l`honneur, la gloire et l`immortalité; 8 mais l`irritation et la colère à ceux qui, par esprit de dispute, sont rebelles à la vérité et obéissent à l`injustice. 9 Tribulation et angoisse sur toute âme d`homme qui fait le mal, sur le Juif premièrement, puis sur le Grec! 10 Gloire, honneur et paix pour quiconque fait le bien, pour le Juif premièrement, puis pour le Grec! 11 Car devant Dieu il n`y a point d`acception de personnes. 12 Tous ceux qui ont péché sans la loi périront aussi sans la loi, et tous ceux qui ont péché avec la loi seront jugés par la loi. 13 Ce ne sont pas, en effet, ceux qui écoutent la loi qui sont justes devant Dieu, mais ce sont ceux qui la mettent en pratique qui seront justifiés. 14 Quand les païens, qui n`ont point la loi, font naturellement ce que prescrit la loi, ils sont, eux qui n`ont point la loi, une loi pour eux-mêmes; 15 ils montrent que l`oeuvre de la loi est écrite dans leurs coeurs, leur conscience en rendant témoignage, et leurs pensées s`accusant ou se défendant tour à tour. 16 C`est ce qui paraîtra au jour où, selon mon Évangile, Dieu jugera par Jésus Christ les actions secrètes des hommes. 17 Toi qui te donnes le nom de Juif, qui te reposes sur la loi, qui te glorifies de Dieu, 18 qui connais sa volonté, qui apprécies la différence des choses, étant instruit par la loi; 19 toi qui te flattes d`être le conducteur des aveugles, la lumière de ceux qui sont dans les ténèbres, 20 le docteur des insensés, le maître des ignorants, parce que tu as dans la loi la règle de la science et de la vérité; 21 toi donc, qui enseignes les autres, tu ne t`enseignes pas toi-même! Toi qui prêches de ne pas dérober, tu dérobes! 22 Toi qui dis de ne pas commettre d`adultère, tu commets l`adultère! Toi qui as en abomination les idoles, tu commets des sacrilèges! 23 Toi qui te fais une gloire de la loi, tu déshonores Dieu par la transgression de la loi! 24 Car le nom de Dieu est à cause de vous blasphémé parmi les païens, comme cela est écrit. 25 La circoncision est utile, si tu mets en pratique la loi; mais si tu transgresses la loi, ta circoncision devient incirconcision. 26 Si donc l`incirconcis observe les ordonnances de la loi, son incirconcision ne sera-t-elle pas tenue pour circoncision? 27 L`incirconcis de nature, qui accomplit la loi, ne te condamnera-t-il pas, toi qui la transgresses, tout en ayant la lettre de la loi et la circoncision? 28 Le Juif, ce n`est pas celui qui en a les dehors; et la circoncision, ce n`est pas celle qui est visible dans la chair. 29 Mais le Juif, c`est celui qui l`est intérieurement; et la circoncision, c`est celle du coeur, selon l`esprit et non selon la lettre. La louange de ce Juif ne vient pas des hommes, mais de Dieu. 3 1 Quel est donc l`avantage des Juifs, ou quelle est l`utilité de la circoncision? 2 Il est grand de toute manière, et tout d`abord en ce que les oracles de Dieu leur ont été confiés. 3 Eh quoi! si quelques-uns n`ont pas cru, leur incrédulité anéantira-t-elle la fidélité de Dieu? 4 Loin de là! Que Dieu, au contraire, soit reconnu pour vrai, et tout homme pour menteur, selon qu`il est écrit: Afin que tu sois trouvé juste dans tes paroles, Et que tu triomphes lorsqu`on te juge. 5 Mais si notre injustice établit la justice de Dieu, que dirons-nous? Dieu est-il injuste quand il déchaîne sa colère? 6 Loin de là! Autrement, comment Dieu jugerait-il le monde? 7 Et si, par mon mensonge, la vérité de Dieu éclate davantage pour sa gloire, pourquoi suis-je moi-même encore jugé comme pécheur? 8 Et pourquoi ne ferions-nous pas le mal afin qu`il en arrive du bien, comme quelques-uns, qui nous calomnient, prétendent que nous le disons? La condamnation de ces gens est juste. 9 Quoi donc! sommes-nous plus excellents? Nullement. Car nous avons déjà prouvé que tous, Juifs et Grecs, sont sous l`empire du péché, 10 selon qu`il est écrit: Il n`y a point de juste, Pas même un seul; 11 Nul n`est intelligent, Nul ne cherche Dieu; Tous sont égarés, tous sont pervertis; 12 Il n`en est aucun qui fasse le bien, Pas même un seul; 13 Leur gosier est un sépulcre ouvert; Ils se servent de leurs langues pour tromper; Ils ont sous leurs lèvres un venin d`aspic; 14 Leur bouche est pleine de malédiction et d`amertume; 15 Ils ont les pieds légers pour répandre le sang; 16 La destruction et le malheur sont sur leur route; 17 Ils ne connaissent pas le chemin de la paix; 18 La crainte de Dieu n`est pas devant leurs yeux. 19 Or, nous savons que tout ce que dit la loi, elle le dit à ceux qui sont sous la loi, afin que toute bouche soit fermée, et que tout le monde soit reconnu coupable devant Dieu. 20 Car nul ne sera justifié devant lui par les oeuvres de la loi, puisque c`est par la loi que vient la connaissance du péché.  

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. Incohérence ou cohérence de l’argumentation (...)" rel="footnote" href="#nb11">11]. Remarquons toutefois que celui-ci sait le plus souvent se montrer prudent dans son appréciation de l’importance du modèle rhétorique dans les lettres pauliniennes : « Certes, l’épître reste une lettre, et obéit également aux lois du genre épistolaire ; à l’oublier, trop d’approches rhétoriques récentes tombent dans l’arbitraire » [12].

On est d’autant plus étonné de constater de lire tout récemment sous sa plume : « L’expérience me fait dire que si l’on connaît mal -ou, si l’on ignore, ce qui est plus grave- la rhétorique paulinienne, on ne peut que se méprendre sur les affirmations théologiques concernant la Loi, la justification, et les autres thèmes encore et toujours discutés aujourd’hui » [13]. L’article en question donne au lecteur le sentiment que le moule dogmatique qui avait sévi au début du XXe siècle dans la lecture de l’oeuvre de Paul laisse la place en ce début de XXIe à un moule rhétorique, laissant de côté l’un des points essentiels de la recherche récente : les lettres de Paul sont des lettres ! Ce que ne manque pas de rappeler d’ailleurs avec force, quelques pages plus loin, G. Barbaglio : « Le souci de définir le genre des lettres de Paul est encore plus nettement au centre des études rhétoriques, qui prévalent aujourd’hui dans de nombreux secteurs de la recherche biblique, en particulier dans la rechercher paulinienne, au point de devenir une mode un peu répétitive et scholastique » [14]. Et plus loin, de manière en encore plus sévère : « J’irais jusqu’à dire que les canons de la rhétorique sont des camisoles de force, imposées à des écrits qui se caractérisent par la grande variété des situations concrètes des destinataires et de l’expéditeur, et par la multiplicité des buts poursuivis par l’apôtre dans ses réponses épistolaires » [15].

L’heure est sans doute venue de tenter une évaluation, et l’ouvrage de Murphy O’Connor, déjà cité, sur l’art épistolaire va considérablement nous y aider.

notes:[1] A. BRUNOT, Le génie littéraire de saint Paul, Paris, Cerf, 1955. 

[2] J. MURPHY O’CONNOR, Paul et l’art épistolaire, Paris, Cerf, 1994.

[3] op. cit. p. 61. C’est moi qui souligne.

[4] op. cit. p. 109-110.

[5] op. cit. p. 104.

[6] H. D. BETZ, « The Literary Composition and Function of Paul’s Letter to the Galatians » , dans NTS 21 (1975), p. 353-379 ; et Id., Galatians, Fortress Press, Philadelphie, 19842, p. 14s.

[7] Faut-il voir seulement une coïncidence heureuse dans le fait que cette structure, présentée comme purement littéraire, donne un relief particulier aux versets 15-16 du chapitre 2, traitant de la justification par la foi ?

[8] op. cit. p. 254.

[9] Recension parue d’abord dans Religious Studies Review 7 (1981), p. 310-318, et reprise dans Jewish and Pauline Studies, Londres, SPCK, 1984, p. 172-188, ici p. 176.

[10] G.A. KENNEDY, New Testament Interpretation through Rhetorical Criticism, Chapel Hill/Londres, University of North Carolina Press, 1984.

[11] J. N. ALETTI, « Rm 1,18-3,20Rm 1,18-3,20
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18 La colère de Dieu se révèle du ciel contre toute impiété et toute injustice des hommes qui retiennent injustement la vérité captive, 19 car ce qu`on peut connaître de Dieu est manifeste pour eux, Dieu le leur ayant fait connaître. 20 En effet, les perfections invisibles de Dieu, sa puissance éternelle et sa divinité, se voient comme à l`oeil, depuis la création du monde, quand on les considère dans ses ouvrages. Ils sont donc inexcusables, 21 puisque ayant connu Dieu, ils ne l`ont point glorifié comme Dieu, et ne lui ont point rendu grâces; mais ils se sont égarés dans leurs pensées, et leur coeur sans intelligence a été plongé dans les ténèbres. 22 Se vantant d`être sages, ils sont devenus fous; 23 et ils ont changé la gloire du Dieu incorruptible en images représentant l`homme corruptible, des oiseaux, des quadrupèdes, et des reptiles. 24 C`est pourquoi Dieu les a livrés à l`impureté, selon les convoitises de leurs coeurs; en sorte qu`ils déshonorent eux-mêmes leurs propres corps; 25 eux qui ont changé la vérité de Dieu en mensonge, et qui ont adoré et servi la créature au lieu du Créateur, qui est béni éternellement. Amen! 26 C`est pourquoi Dieu les a livrés à des passions infâmes: car leurs femmes ont changé l`usage naturel en celui qui est contre nature; 27 et de même les hommes, abandonnant l`usage naturel de la femme, se sont enflammés dans leurs désirs les uns pour les autres, commettant homme avec homme des choses infâmes, et recevant en eux-mêmes le salaire que méritait leur égarement. 28 Comme ils ne se sont pas souciés de connaître Dieu, Dieu les a livrés à leur sens réprouvé, pour commettre des choses indignes, 29 étant remplis de toute espèce d`injustice, de méchanceté, de cupidité, de malice; pleins d`envie, de meurtre, de querelle, de ruse, de malignité; 30 rapporteurs, médisants, impies, arrogants, hautains, fanfarons, ingénieux au mal, rebelles à leurs parents, dépourvus d`intelligence, 31 de loyauté, d`affection naturelle, de miséricorde. 32 Et, bien qu`ils connaissent le jugement de Dieu, déclarant dignes de mort ceux qui commettent de telles choses, non seulement ils les font, mais ils approuvent ceux qui les font. 2 1 O homme, qui que tu sois, toi qui juges, tu es donc inexcusable; car, en jugeant les autres, tu te condamnes toi-même, puisque toi qui juges, tu fais les mêmes choses. 2 Nous savons, en effet, que le jugement de Dieu contre ceux qui commettent de telles choses est selon la vérité. 3 Et penses-tu, ô homme, qui juges ceux qui commettent de telles choses, et qui les fais, que tu échapperas au jugement de Dieu? 4 Ou méprises-tu les richesses de sa bonté, de sa patience et de sa longanimité, ne reconnaissant pas que la bonté de Dieu te pousse à la repentance? 5 Mais, par ton endurcissement et par ton coeur impénitent, tu t`amasses un trésor de colère pour le jour de la colère et de la manifestation du juste jugement de Dieu, 6 qui rendra à chacun selon ses oeuvres; 7 réservant la vie éternelle à ceux qui, par la persévérance à bien faire, cherchent l`honneur, la gloire et l`immortalité; 8 mais l`irritation et la colère à ceux qui, par esprit de dispute, sont rebelles à la vérité et obéissent à l`injustice. 9 Tribulation et angoisse sur toute âme d`homme qui fait le mal, sur le Juif premièrement, puis sur le Grec! 10 Gloire, honneur et paix pour quiconque fait le bien, pour le Juif premièrement, puis pour le Grec! 11 Car devant Dieu il n`y a point d`acception de personnes. 12 Tous ceux qui ont péché sans la loi périront aussi sans la loi, et tous ceux qui ont péché avec la loi seront jugés par la loi. 13 Ce ne sont pas, en effet, ceux qui écoutent la loi qui sont justes devant Dieu, mais ce sont ceux qui la mettent en pratique qui seront justifiés. 14 Quand les païens, qui n`ont point la loi, font naturellement ce que prescrit la loi, ils sont, eux qui n`ont point la loi, une loi pour eux-mêmes; 15 ils montrent que l`oeuvre de la loi est écrite dans leurs coeurs, leur conscience en rendant témoignage, et leurs pensées s`accusant ou se défendant tour à tour. 16 C`est ce qui paraîtra au jour où, selon mon Évangile, Dieu jugera par Jésus Christ les actions secrètes des hommes. 17 Toi qui te donnes le nom de Juif, qui te reposes sur la loi, qui te glorifies de Dieu, 18 qui connais sa volonté, qui apprécies la différence des choses, étant instruit par la loi; 19 toi qui te flattes d`être le conducteur des aveugles, la lumière de ceux qui sont dans les ténèbres, 20 le docteur des insensés, le maître des ignorants, parce que tu as dans la loi la règle de la science et de la vérité; 21 toi donc, qui enseignes les autres, tu ne t`enseignes pas toi-même! Toi qui prêches de ne pas dérober, tu dérobes! 22 Toi qui dis de ne pas commettre d`adultère, tu commets l`adultère! Toi qui as en abomination les idoles, tu commets des sacrilèges! 23 Toi qui te fais une gloire de la loi, tu déshonores Dieu par la transgression de la loi! 24 Car le nom de Dieu est à cause de vous blasphémé parmi les païens, comme cela est écrit. 25 La circoncision est utile, si tu mets en pratique la loi; mais si tu transgresses la loi, ta circoncision devient incirconcision. 26 Si donc l`incirconcis observe les ordonnances de la loi, son incirconcision ne sera-t-elle pas tenue pour circoncision? 27 L`incirconcis de nature, qui accomplit la loi, ne te condamnera-t-il pas, toi qui la transgresses, tout en ayant la lettre de la loi et la circoncision? 28 Le Juif, ce n`est pas celui qui en a les dehors; et la circoncision, ce n`est pas celle qui est visible dans la chair. 29 Mais le Juif, c`est celui qui l`est intérieurement; et la circoncision, c`est celle du coeur, selon l`esprit et non selon la lettre. La louange de ce Juif ne vient pas des hommes, mais de Dieu. 3 1 Quel est donc l`avantage des Juifs, ou quelle est l`utilité de la circoncision? 2 Il est grand de toute manière, et tout d`abord en ce que les oracles de Dieu leur ont été confiés. 3 Eh quoi! si quelques-uns n`ont pas cru, leur incrédulité anéantira-t-elle la fidélité de Dieu? 4 Loin de là! Que Dieu, au contraire, soit reconnu pour vrai, et tout homme pour menteur, selon qu`il est écrit: Afin que tu sois trouvé juste dans tes paroles, Et que tu triomphes lorsqu`on te juge. 5 Mais si notre injustice établit la justice de Dieu, que dirons-nous? Dieu est-il injuste quand il déchaîne sa colère? 6 Loin de là! Autrement, comment Dieu jugerait-il le monde? 7 Et si, par mon mensonge, la vérité de Dieu éclate davantage pour sa gloire, pourquoi suis-je moi-même encore jugé comme pécheur? 8 Et pourquoi ne ferions-nous pas le mal afin qu`il en arrive du bien, comme quelques-uns, qui nous calomnient, prétendent que nous le disons? La condamnation de ces gens est juste. 9 Quoi donc! sommes-nous plus excellents? Nullement. Car nous avons déjà prouvé que tous, Juifs et Grecs, sont sous l`empire du péché, 10 selon qu`il est écrit: Il n`y a point de juste, Pas même un seul; 11 Nul n`est intelligent, Nul ne cherche Dieu; Tous sont égarés, tous sont pervertis; 12 Il n`en est aucun qui fasse le bien, Pas même un seul; 13 Leur gosier est un sépulcre ouvert; Ils se servent de leurs langues pour tromper; Ils ont sous leurs lèvres un venin d`aspic; 14 Leur bouche est pleine de malédiction et d`amertume; 15 Ils ont les pieds légers pour répandre le sang; 16 La destruction et le malheur sont sur leur route; 17 Ils ne connaissent pas le chemin de la paix; 18 La crainte de Dieu n`est pas devant leurs yeux. 19 Or, nous savons que tout ce que dit la loi, elle le dit à ceux qui sont sous la loi, afin que toute bouche soit fermée, et que tout le monde soit reconnu coupable devant Dieu. 20 Car nul ne sera justifié devant lui par les oeuvres de la loi, puisque c`est par la loi que vient la connaissance du péché.  

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. Incohérence ou cohérence de l’argumentation paulinienne », Biblica 69 (1988), p. 47-62. Du même auteur, on verra ensuite : « La présence d’un modèle rhétorique en Romains », Biblica 71 (1990), p. 1-24, ci après nommé Modèles ; Comment Dieu est-il juste ? Clefs pour interpréter l’épître aux Romains, Paris, Seuil, 1991, ci après nommé Clefs, et Israël et la Loi dans la lettre aux Romains, Coll. Lectio Divina n° 173, Paris, Cerf, 1998.

[12] Clefs, p. 31. Et notre auteur de rappeler les avertissements dans le même sens de A. B. du Toit, dans « Persuasion in Rm 1,1-17Rm 1,1-17
French: Louis Segond (1910) - SEG

Romains 1 1 Paul, serviteur de Jésus Christ, appelé à être apôtre, mis à part pour annoncer l`Évangile de Dieu, - 2 qui avait été promis auparavant de la part de Dieu par ses prophètes dans les saintes Écritures, 3 et qui concerne son Fils (né de la postérité de David, selon la chair, 4 et déclaré Fils de Dieu avec puissance, selon l`Esprit de sainteté, par sa résurrection d`entre les morts), Jésus Christ notre Seigneur, 5 par qui nous avons reçu la grâce et l`apostolat, pour amener en son nom à l`obéissance de la foi tous les païens, 6 parmi lesquels vous êtes aussi, vous qui avez été appelés par Jésus Christ- 7 à tous ceux qui, à Rome, sont bien-aimés de Dieu, appelés à être saints: que la grâce et la paix vous soient données de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ! 8 Je rends d`abord grâces à mon Dieu par Jésus Christ, au sujet de vous tous, de ce que votre foi est renommée dans le monde entier. 9 Dieu, que je sers en mon esprit dans l`Évangile de son Fils, m`est témoin que je fais sans cesse mention de vous, 10 demandant continuellement dans mes prières d`avoir enfin, par sa volonté, le bonheur d`aller vers vous. 11 Car je désire vous voir, pour vous communiquer quelque don spirituel, afin que vous soyez affermis, 12 ou plutôt, afin que nous soyons encouragés ensemble au milieu de vous par la foi qui nous est commune, à vous et à moi. 13 Je ne veux pas vous laisser ignorer, frères, que j`ai souvent formé le projet d`aller vous voir, afin de recueillir quelque fruit parmi vous, comme parmi les autres nations; mais j`en ai été empêché jusqu`ici. 14 Je me dois aux Grecs et aux barbares, aux savants et aux ignorants. 15 Ainsi j`ai un vif désir de vous annoncer aussi l`Évangile, à vous qui êtes à Rome. 16 Car je n`ai point honte de l`Évangile: c`est une puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit, du Juif premièrement, puis du Grec, 17 parce qu`en lui est révélée la justice de Dieu par la foi et pour la foi, selon qu`il est écrit: Le juste vivra par la foi.  

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 », BZ 33 (1989). On peut voir aussi Modèles, p. 11 : « Paul reprend, à sa manière (c’est l’A. qui souligne), le modèle rhétorique grec. Non que ce modèle soit seul à structurer l’épître, mais en nier l’existence reviendrait à s’interdire d’entrer dans la dynamique du raisonnement de l’apôtre ».

[13] J. N. ALETTI, « La réhétorique paulinienne : communication et construction d’une pensée », dans Paul, une théologie en construction, sous la direction de A. Dettwiler, J. D. Kaestli, D. Marguerat, Labor et Fides, Genève, 2004, p. 66.

[14] G. BARBAGLIO, « Les lettres de Paul : contexte de création et communication de sa théologie », Ibid., p. 71.

[15] Ibid., p. 73.

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