Saint Paul sur les routes du monde romain. Infrastructures, logistique, itinéraires

Ch. Reynier, Saint Paul sur les routes du monde romain. Infrastructures, logistique, itinéraires. 1 vol.  de 304 p., Paris, Cerf/MédiasPaul, 2009.

La question des voyages dans l’Antiquité, de leurs modalités, de leur durée, de leur sens, a déjà fait l’objet de plusieurs ouvrages spécialisés : par exemple, en anglais, celui de Lionel Casson[1], ou bien encore, en français, celui de Jean-Marie André et Marie-Françoise Baslez[2]. Chantal Reynier ne semble pas avoir jamais cherché à aborder directement cette question : bibliste, elle s’est d’abord penchée sur la manière dont la Bible appréhende « la mer »[3]. Ensuite, la question maritime l’a conduite à s’intéresser de près aux chapitres 27 et 28 des Actes, dans lesquels est relaté avec beaucoup de détails le voyage nautique de l’apôtre Paul, de Césarée à Rome : frappée par la qualité de l’information « technique » transmise dans ces chapitres, Ch. Reynier nous en a livré un commentaire remarquable[4], très bien informé en particulier de tout ce qui concerne l’archéologie nautique.

L’ouvrage qu’elle nous propose aujourd’hui reprend pour une part, dans les pages 153 à 200, ce commentaire, mais l’A. prend un peu de hauteur et s’intéresse désormais à l’ensemble des voyages de Paul, y compris ceux qui ont eu lieu par route. Ce qui nous vaut un passionnant volume divisé en deux grandes parties : la première est consacrée, un peu à la manière des autres ouvrages évoqués plus haut, à retracer les conditions communes du voyage à l’époque romaine ; la deuxième constitue une relecture de chacun des trois (ou peut-être plus) voyages de Paul, tels que nous les rapporte Luc, mais sans que soient jamais oubliées les informations transmises directement par Paul dans ses lettres.

L’ouvrage n’est pas, au premier chef au moins, un ouvrage d’exégèse : l’A. ne propose pas d’analyse préalable des textes lucaniens, ne cherche pas à restituer ce que fut originellement, pour autant qu’on puisse y parvenir, tel ou tel voyage, même si elle sait bien (cf. par exemple p. 134 s) que l’on peut légitimement s’interroger sur leur situation chronologique ou le sens exact de la mention d’Ac 18,22. L’objectif est plutôt de brosser un tableau des conditions dans lesquelles Paul a vécu, et surtout voyagé : ce qui ne se révèle pas, finalement, comme le montre très bien notre A., sans rapport avec un certain nombre de propos transmis dans les lettres.

L’intérêt d’une telle étude se manifeste en particulier dans le chapitre de conclusion. L’A. y aborde des questions que l’on néglige souvent (pourquoi Paul s’est-il limité à une rive de la Méditerranée, quelle était sa conception du monde, qu’en est-il de l’attrait de Rome etc.), et elle y apporte des réponses fort intéressantes qui contribuent à éclairer le visage de Paul.


[1] Travel in the Ancient World, Londres, George Allen and Unwin, 1974.

[2] Voyager dans l’Antiquité, Paris, Fayard,  1993.

[3] La Bible et la mer, Paris, Cerf, 2003.

[4] Paul de Tarse en Méditerranée. Recherches autour de la navigation dans l’Antiquité (Ac 27 – 28, 16), Paris, Cerf, 2006.

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