Naissances et enfances

Les annonciations en parallèle

Comme le montre une mise en parallèle, la structure fondamentale de chaque récit est la même :

  1. Présentation de la situation des protagonistes
  2. Discours de l’ange
  3. Réaction des protagonistes
  4. Prophétie de l’ange
  5. Conclusion

Présentation de l’ange

Le contraste de longueur entre les deux présentations est frappant : Marie est simplement définie comme une jeune fille vierge de Nazareth, fiancée à Joseph, quand Zacharie et Élisabeth sont présentés avec force détails, ce que rien a priori n’impose. Le récit n’est pas seulement plus solennel, il est aussi très marqué par l’Ancien Testament, avec la formule « et il arriva (ou il advint) », avec le fait que toute l’histoire se déroule dans le Temple, avec les détails donnés sur les usages sacerdotaux D’ailleurs, du côté de Jean-Baptiste, nous sommes dans la descendance d’Aaron, et du côté de Jésus, dans celle de David ; et l’ange est d’abord nommé « Ange du Seigneur », appellation vétérotestamentaire classique, et ne recevra d’appellation personnelle que plus loin, quand on sait immédiatement qu’il s’agit de Gabriel avec l’annonciation de Jésus.

On sait que Luc accorde une place importante à Jérusalem, mais aussi à son Temple. Il n’est donc pas étonnant que Luc rapporte un événement situé dans le Temple, avec des mots et une description qui fleure l’Ancien Testament : c’est le point de départ ; l’Annonciation faite à Marie, dans une petite ville de Galilée, apparaît non seulement comme une nouveauté radicale, mais aussi comme une sortie du Temple.

Le contraste évoqué joue sur un autre plan, du point de vue du contenu : notons d’abord que l’ange rejoint un prêtre, homme du sérail, dans le premier récit, et une femme, totalement inconnue dans le deuxième. En outre, celle qui va enfanter est une femme stérile, âgée, de l’autre d’une jeune fiancée, encore vierge. Dans l’Ancien Testament, on sait que le Seigneur est capable de guérir la stérilité, par exemple celle d’Anne ; mais on n’a jamais vu enfanter une vierge !

En résumé, le contraste met donc en valeur la nouveauté radicale de l’intervention de Dieu, non seulement sur un plan personnel, celui du don fait à Marie et Joseph, mais aussi sur un plan collectif, dans la mesure où le Temple perd d’emblée sa prééminence.

Discours de l’ange

Le discours de l’ange va, dans chaque cas, définir le contexte et la mission des deux « annoncés ». Le contraste de longueur existe encore, mais il est moins marqué. Il existe sur d’autres plans :

  • L’ange a d’emblée un nom pour Marie, quand il est simplement au départ l’ange du Seigneur pour Zacharie : ce qui introduit un certain sentiment de familiarité entre l’ange et Marie dans la seconde annonciation.
  • D’ailleurs, Zacharie est troublé avant même que l’ange ait parlé, du simple fait de le voir ; Marie elle est troublée après qu’il lui ait parlé, et du fait de la parole prononcée.
  • Les versets 13 et 30-31 sont largement parallèles quant au fond, mais il reste que l’intervention de l’ange apparaît comme une réponse à la prière d’Élisabeth et de Zacharie, quand elle est de la libre initiative de Dieu pour Marie. En d’autres termes, celle-ci n’a rien demandé.
  • C’est bien sûr Élisabeth qui est appelée à enfanter, mais l’annonce est faite à Zacharie ; alors que c’est bien Marie qui reçoit l’annonce. Et c’est elle qui donnera le nom et non Joseph. Les féministes ont ici de quoi se réjouir.

Enfin, la mission de Jean consiste à préparer un peuple, par la conversion ou le « retournement » (verbe epistrephô, traduit par ramener dans les versets 16 et 17), tandis que celle de Jésus est de régner en tant que fils sur le peuple ainsi rassemblé. La description de Jean fait de lui un nazir, un consacré, tandis que celle de Jésus le manifeste comme héritier royal : leurs missions sont liées, mais ils « ne jouent pas dans la même cour », dans tous les sens du mot « cour ». D’ailleurs, Jean-Baptiste sera grand… devant le Seigneur, alors que Jésus sera grand, tout simplement.

La réaction des protagonistes

Le lecteur commun de l’évangile de Luc a quelques chances d’être surpris, voire heurté, par la suite de nos textes : Zacharie comme Marie réagissent, et à peu près dans les mêmes termes ; mais alors que la question du premier est dénigrée par l’ange et que Zacharie s’en voit en quelque sorte puni, la question de la deuxième est normalement accueillie. Il semble que s’introduise ici une différence de traitement qui ne s’explique pas facilement.

Les commentateurs n’ont pas manqué de se confronter à la question. En fait, il est bien vrai qu’une première lecture, rapide, des réactions de nos deux protagonistes nous les fait ressentir comme très analogues : tous deux posent la question de la réalisation pratique, concrète, de l’annonce. Pour le dire de manière très raccourcie, le premier se dit trop vieux, la deuxième trop jeune !

Mais en réalité, ils ne le disent pas tout à fait dans des les mêmes termes : la question de Zacharie est une question fermée, et elle tient autant de l’affirmation que de la question, tandis que celle de Marie est ouverte. Voici ce que donnerait une paraphrase :

Zacharie : « A quoi connaîtrai-je cela ? C’est impossible puisque… ».

Marie : « Comment cela sera-t-il possible puisque… ? »

De fait, le verset 38 confirmera « les bonnes dispositions » de Marie.

Prophétie de l’ange

La reprise par l’ange tient compte bien sûr du doute exprimé par Zacharie et en tire quelques conséquences personnelles, mais elle ne se limite pas à cela. Elle précise :

  1. que le message est une bonne nouvelle,
  2. et que celle-ci représente un accomplissement.

Marc commence son évangile en précisant d’emblée qu’il est une bonne nouvelle (1,1) : Luc le fait donc aussi mais à son moment, et cette bonne nouvelle inclut la naissance de Jean-Baptiste. Elle est en outre un accomplissement : ce thème, dont il a déjà été question plus haut, se retrouve ici sans doute pour montrer que la naissance de Jean-Baptiste est aussi, à elle seule, une forme de plénitude.

Du côté de Marie, on reste dans la même atmosphère joyeuse et royale. L’Esprit-Saint, qui n’avait pas été mentionné jusqu’alors, l’est maintenant, et il est présenté comme le vecteur de la filiation : on ne peut que noter le rapprochement qui s’opère avec la théologie paulinienne, telle qu’elle est exprimée en Rm 8.

Conclusion

Du côté de Marie, après la réponse pleine d’élan de la jeune fiancée, le constat est court : l’ange s’en va. Il n’y a rien de plus à dire de fait, il faut maintenant attendre la réalisation des prophéties qui s’accompliront en leur temps (= « advenir selon ta parole »)..

Du côté de Zacharie, la situation est plus complexe : il est en « représentation », une foule l’entoure, à laquelle il faut faire comprendre le mutisme du prêtre. Mais, si l’on peut dire, ce mutisme est parlant ! Il est temps de remettre Élisabeth en scène, qui vient confirmer que les paroles de l’ange se réalisent en leur temps (= « au jour où »).

Il ne s’agit pas maintenant de revenir sur tout ce vient d’être dit, mais d’ajouter quelques éléments de lecture propres à chaque annonciation.

L’annonciation de Jean-Baptiste

Ce qui frappe dans l’annonciation de Jean-Baptiste, c’est le contexte sacerdotal marqué : non seulement Zacharie est un prêtre, mais Élisabeth est de la descendance d’Aaron, et toute la scène se passe au temple de Jérusalem. Par contraste, l’annonciation de Jésus a une tonalité royale, et l’on peut se demander si ce contraste n’est pas voulu quand on sait que, dans la tradition juive, il existait deux traditions messianiques, l’une sacerdotale, l’autre royale : Luc prend en compte les deux, mais subordonne le sacerdoce à la royauté.

On notera ensuite que la figure de Jean-Baptiste est reliée à celle d’Élie, en particulier au verset 17. Les commentateurs ont bien sûr noté que les paroles du verset 15 assimilent Jean-Baptiste à un nazir ; mais le naziréat correspond à un vœu temporaire (cf. Nb 6), alors que la consécration de Jean-Baptiste a une dimension définitive.

En fait, ces paroles l’assimilent aussi au prophète : il n’y a pas d’appel, parce que Jean-Baptiste est encore dans le sein de sa mère (expression caractéristique à l’évocation du nazir, cf. Jg 13,7s, mais pas seulement, cf. Sir 49,7), mais le fait de ne boire que de l’eau, d’être envoyé au désert (cf. 3,2), d’appeler le peuple à la conversion, sont des éléments qui le rapprochent des figures prophétiques. On pense au serviteur d’Isaïe (appel à la conversion de 40,3, que Luc exploite en 3,4s ; choisi « dès le sein de sa mère » en 49,1.5), ou encore à certains psaumes, tels le 71 ou le 139, qui évoque un personnage à part dont toute la vie est connue « dès le sein de sa mère ». Cette correspondance prophétique entre Élie et Jean-Baptiste est, c’est vrai, mise plus particulièrement en valeur chez Matthieu et Marc qui, tous deux, décrivent le personnage du Baptiste de manière « sauvage » ; mais elle existe aussi incontestablement chez Luc.

Si bien que ce n’est pas seulement la prêtrise qui est évoquée avec le Baptiste, mais aussi la prophétie. Tous deux conjuguent leurs efforts pour annoncer le roi.

Un dernier mot concernant le mutisme de Zacharie : il est logique d’en demander la raison. Luc le suggère : il n’a pas cru à la parole de l’ange, et donc à la bonne nouvelle, à l’évangile. Une parole qui va donc faire son chemin au milieu du silence. La naissance de Jean-Baptiste se manifestera donc aussi comme un accomplissement lorsque ce mutisme laissera soudainement la place à la parole.

L’annonciation de Jésus

Ce qui caractérise ce passage au premier chef, c’est sans doute l’initiative gratuite de Dieu. Cette initiative se manifeste dès les premiers versets dans lesquels Luc ne commence pas en parlant de Marie, mais de Dieu et de son envoyé Gabriel : Marie n’est mentionnée qu’en passant : « et le nom de la Vierge était Marie ». Cette insistance sur l’initiative de Dieu se retrouve dans les premiers mots de l’ange « Réjouis-toi (parce que) le Seigneur est avec toi », dans l’incompréhension et le trouble de Marie, mais plus encore dans les paroles presque autoritaires de Gabriel : « tu concevras, enfanteras, appelleras.. ». Marie se trouve investie d’une mission à la définition de laquelle elle n’a en rien collaboré. Cette initiative se manifeste aussi dans le fait que l’annonciation a lieu non dans un endroit célèbre, ou habituel comme le Temple, mais dans une petite ville de Galilée méconnue, Nazareth ; en outre, si le fiancé de la destinataire peut revendiquer la gloire d’une généalogie de qualité, il n’est rien dit à propos de Marie sur ce plan. Bref, premier enseignement : « tout vient de Dieu ».

La réponse de la foi

En fait, on ne sait presque rien de Marie sinon qu’elle était vierge. Pourquoi cette insistance au verset 27 ?

 

  • En premier lieu, pour une raison théologique : il s’agit certainement de magnifier la puissance de Dieu qui peut non seulement donner un enfant à la stérile, mais aussi à celle qui n’a pas connu d’homme (cf. v. 34).
  • En deuxième lieu, pour une raison sociologique : il est clair qu’en tant que « promise », et qui plus est, à un descendant de David, elle devait respecter les « lois du genre » : cf. Sir 42,10.
  • En troisième lieu, pour une raison littéraire : dans la mesure où Luc pense peut-être déjà à l’annonce de l’ange qui évoque la prophétie de l’Emmanuel en Is 7,14, il faut se souvenir que celle-ci était adressée selon la Septante à une vierge : Luc soulignerait ainsi que Marie accomplit cette prophétie importante de l’AT.
  • En dernier lieu, pour une raison symbolique : sachant que Luc voit dans cette histoire particulière une histoire qui concerne tout le peuple, il n’est pas impossible de penser qu’il voit dans Marie l’exemple même d’Israël visité par Dieu. Or la figure emblématique de ce peuple est une vierge : cf. 2 R 19,21 ; Is 23,12 ; 37,22 ; Lm 2,13.

 

Il faut d’emblée souligner les qualités de la « vierge » en question. Car notre texte ne parle pas de contrainte, mais de grâce, ce qui veut dire tout à la fois de gratuité et d’acceptation. Pour une raison toute naturelle sans doute : Marie était fiancée, et à l’époque, l’enfantement était signe de bénédiction divine. Un enfant, c’était sans doute ce que pouvait espérer Marie au plus profond d’elle-même. Mais pour une raison surnaturelle aussi : Marie vit dans la foi au Dieu sauveur, dans le désir profond d’accomplir la volonté de ce Dieu qui aime les hommes. Dès lors, cette annonce la comble doublement : du fait qu’elle comble son désir naturel de maternité, du fait qu’elle comble son désir surnaturel d’aimer Dieu et de faire sa volonté.

Mais il faut aussi considérer la réponse de Marie. On dira : Marie n’a donc eu aucun mérite d’acquiescer à cette volonté qui lui allait si bien. La question du mérite n’est pas ici en jeu. N’oublions pas ici toute la part de mystère que laisse l’ange et qui se traduit dans le trouble de Marie : pas n’importe quel trouble, mais une perplexité profonde, confinant à un dérangement. En vérité, Marie ne comprend rien de ce qui lui arrive, même si ce qui lui arrive peut correspondre à ses vues ; les paroles de l’ange lui restent largement incompréhensibles, elles viennent profondément et durablement bouleverser sa vie sans lui offrir de perspective évidente, de « plan de carrière » : et c’est bien sa foi plus que sa raison ou sa nature qui peut lui permettre d’entrer dans l’alliance proposée. A l’initiative de Dieu, correspond donc la réponse de la foi.

Cette foi est mise dans la parole de l’ange du Seigneur, autrement dit dans la parole de Dieu lui-même : « qu’il me soit fait selon ta parole ! » Dans une parole qui dépasse nettement, on l’a dit, sa capacité de compréhension immédiate, et qu’elle méditera donc ensuite dans le cours de sa vie. Autrement dit, Marie est convaincue tout à la fois que Dieu parle et qu’il ne parle pas en l’air lorsqu’il parle, quand bien même elle ne comprend pas tout ce qui se dit. Elle croit non parce qu’elle comprend, mais parce que c’est Dieu qui parle.

Et comme elle croit que c’est Dieu qui parle, elle craint : comme tous les visionnaires ou les prophètes de l’AT.

Le message de l’ange : l’accomplissement

Arrêtons-nous un moment sur le contenu de cette parole.

La salutation

Elle est à la fois simple et riche. La salutation proprement dite rappelle celle de Sophonie 3,14, précisément destinée à la fille de Sion : « Pousse des cris de joie, fille de Sion, une clameur d’allégresse, Israël ! Réjouis-toi, triomphe de tout ton cœur, fille de Jérusalem ». Voir aussi Za 9,9. Cette salutation est l’annonce d’une délivrance dans un contexte messianique : on comprend facilement l’étonnement subséquent de Marie, qui n’a pas a priori la « carrure » d’un juge ou d’un prophète…

Le qualificatif traduit par « comblée de grâce » n’est attesté ailleurs qu’en Sir 18,17, où il est traduit par la BJ charitable (la note de la BJ, avec ses renvois à 2 Sm ou Is, surprend !) : le propos de Luc va certainement plus loin. Laurentin note déjà que les verbes en -oô définissent une transformation du sujet, beaucoup plus qu’une simple « imposition » ; en outre, il s’agit en quelque sorte d’un nom nouveau. « Comblée de grâce » est sans doute aussi une autre manière d’évoquer les temps nouveaux, ceux de la plénitude de l’Esprit : on pense en particulier à Jn 1,16-17 ; c’est aussi une façon indirecte d’annoncer déjà à Marie qu’elle va accueillir en elle, par grâce, Celui qui est la grâce même.

La dernière partie de la salutation définit les raisons de la salutation précédente : le Seigneur est avec toi. En hébreu, Emmanuel. Ce n’est pas seulement Jg 6,12 qui figure à l’arrière-plan de l’expression lucanienne, mais surtout Is 7,14 : celui qui va naître du sein de Marie (laquelle ne comprend encore rien à tout cela) est vraiment Dieu.

Autrement dit, par ces premiers mots de l’ange, tout est déjà dit de la venue du Sauveur. Mais de manière très sibylline : il va falloir quelques explications complémentaires.

L’explication

Elle commence par un message de paix, formulé strictement selon les usages classiques vétérotestamentaires : « Sois sans crainte » (cf. Jos 1,9 ; 8,1 ; Is 44,2), souvent d’ailleurs dans l’AT associé à l’affirmation de la présence de Dieu (« Le Seigneur est avec toi » : 1 Ch 28,20 ; Jr 44,28 ; Jos 1,9) ; « tu as trouvé grâce » (Gn 6,8 ; 18,3 ; 19,19 etc.). Mention spéciale à Jg 6,16-17 qui, en plus de « tu as trouvé grâce » propose aussi un « je serai avec toi » et évoque le rôle de sauveur qui sera celui de Gédéon : ce dernier se manifeste comme un type de Jésus. Remarquons que le texte de Sophonie 3 présente au verset 16 une invitation à chasser toute crainte : il est décidément infiniment probable que ce texte et celui de Jg. 6 figurent à l’arrière-plan de la présentation lucanienne.

La suite du message de l’ange, du verset 31 au verset 33, donne enfin les raisons de la salutation. Remarquons que le message est adressé à Marie, sans qu’il soit un seul moment question de Joseph, à la différence du message à Zacharie qui évoquait Élisabeth ; en particulier l’annonce de la conception est différente, car il n’est pas dit que Marie enfantera un fils à Joseph : Marie est au cœur de tout le passage ; mais en outre, le mystère de sa maternité divine est implicitement proclamé.

Le « il sera grand » est utilisé à propos de Jean-Baptiste pour lequel est ajouté la mention « devant Dieu » : ici, il s’agit d’un absolu. L’ange ajoute qu’il sera « fils du Très-Haut » et « fils de David » : nous sommes à proximité de Rm 1,3, où sont associées ces deux filiations, divine et humaine. L’expression « fils du Très-Haut » fleure bon l’AT : Ps 82,6 ; Sir 4,10 ; Est 8,12q ; dans le NT, à l’exception  de Mc 5,7, qui a un parallèle en Lc 8,28, l’expression ne se retrouve que chez Luc en 6,35. Ps 82,6 laisse entendre qu’il s’agit d’une désignation que s’appliquaient naturellement les rois, et qu’elle doit en fait dépendre de leur justice.

L’évocation de la filiation de David ne saurait surprendre si Joseph est le père adoptif : l’adoption donne tous les droits de la filiation naturelle, et c’est à partir de Joseph que Luc peut justifier la dite filiation en 3,23s. Elle semble largement reconnue à Jésus : Mt 15,22 ; 20,30 ; 21,9 etc. Cette filiation était requise pour le Messie : cf. Mc. 12,35-37 //.

La fin de l’évocation de la mission de Jésus parle de son règne éternel : c’était là encore une qualité requise pour le Messie. Le message fondamental de Jésus se dira en terme de règne et de royaume : « Le Royaume de Dieu est au milieu de vous » (Lc 10, 9-11 ; 17,20-21). Toute la difficulté, et peut-être bien pour Jésus lui-même, sera de passer d’une conception humaine, et en définitive transitoire, du règne, à une conception nouvelle, divine, de ce règne, transcendant tout à la fois les temps et les lieux. Jésus passera beaucoup de temps à s’expliquer sur ce règne : Lc 8,1 ; 9,2 ; 18,16-17 ; 19,11 ; 22,29-30 etc. L’interrogation de Pilate devait avoir largement cours dans les esprits de l’époque, dès les débuts de la prédication de Jésus : « tu es le roi des juifs ? » (Lc 23,3).

Notons que le passage du livre de Samuel, bien connu sous le nom de prophétie de Nathan, aurait aux dires de Laurentin largement inspiré saint Luc, comme d’autres écrits du NT.

Conclusion

Essayons maintenant de résumer toutes ces remarques exégétiques : elles visent à montrer que Marie est aux yeux de Luc la fille de Sion, celle qui accomplit, au sens le plus fort du terme, et avec son orientation eschatologique, en son sein les promesses faites par Dieu à Israël, en vue du salut de ce dernier. Cet accomplissement ne tient pas aux qualités personnelles de Marie, mais au choix de Dieu d’abord, à la foi de Marie en la parole de Dieu ensuite. D’où le « Fiat ».

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