Amour fraternel, beauté et exigences !

Tous les parents disposent-ils de photos illustrant l’amour que leurs enfants se portent entre eux ? On peut le penser ou l’espérer, mais cet amour n’est pas facile à traduire dans des gestes ou dans des poses, et il n’est pas sûr que, même avec une famille nombreuse et une photothèque pléthorique, le nombre de ces photos dépasse la dizaine. Et l’on en trouvera sans doute encore moins dans la photothèque d’un couvent où d’un monastère, où l’on est pourtant censé vivre précisément l’amour fraternel…

Amour fraternel Sainte Trinité

Mais pourquoi donc est-ce si difficile ? La superbe photo de Guillaume et de sa sœur, extraite de la page Facebook de notre amie Alexandra, dont j’ai déjà publié de magnifiques extraits sur ce blog, va me permettre d’apporter une réponse… qui pourrait s’appliquer, à mon sens, à une tout autre représentation : celle de l’hospitalité d’Abraham, souvent appelée Trinité, oeuvre de A. Rublev, une icône très connue mais que je reprends en juxtaposition pour mémoire. A partir de ces « icônes », je distingue trois dimensions de cet amour fraternel :

  1. D’abord, l’expression d’une certaine forme de fragilité ou faiblesse, qui se traduit ici du fait que l’on ne se dresse pas seul et orgueilleusement, mais que l’on est assis ou au repos, et entouré. 
  2. Par suite de cette faiblesse, reconnue et acceptée, qu’elle soit d’origine volontaire ou involontaire (je rappelle que Guillaume est porteur d’une trisomie 21), se manifeste le recours à l’autre, dont on a besoin, et sur lequel éventuellement on s’appuie : c’est un abandon à l’autre, dans le meilleur sens du terme bien sûr. Il s’agit souvent d’un ou plusieurs autres très proches (la sœur de Guillaume qui « l’adore », mais j’aurais pu aussi évoquer ses parents qui eux « s’émerveillent », ou les autres membres de la Trinité sainte chez Rublev), mais hélas ! pas toujours, et donc pas toujours faciles à trouver. Dans les deux représentations ci-dessus, ce recours me semble manifesté dans le jeu des mains, qui se propose comme un renvoi de chaque personne à l’autre.
  3. Et puis, il faut évoquer le regard, tout de confiance et de miséricorde : il est différent en apparence dans le cas de Guillaume et de sa sœur, ne serait-ce que parce que l’on ne voit pas leurs yeux, mais il est clairement suggéré. 

L’amour fraternel est donc difficile à représenter, et tout aussi difficile à vivre au quotidien. Mais sachons-le d’emblée : « c’est quand  je suis faible que je suis fort » (2 Co 12,10), parce que je le suis de la force des autres ou de Dieu. Qui donc n’accepte pas sa faiblesse risque bien de se murer en lui-même et ne pouvoir compter sur cet amour fraternel, en bénéficier, et encore moins le dispenser. Puisse cela n’être le cas d’aucun des lecteurs de cet article.

 

 

Share This:

2 Comments

  • Merci, cher Frère Hervé, de ton hymne à l’amour fraternel. Ne pouvons-nous pas dire « hymne à l’amour » dans ce sens que les trois dimensions que tu décris s’appliquent également à l’amitié, à l’amour conjugal, et bien sûr, à la vie en communanuté. Merci de ta parole qui nous encourage d’aller toujours plus en avant dans l’Evangile.
    Bien fraternellement,
    Philip

    • Philip, ce que tu écris est vrai. Mais la photo qui fut le prétexte à ma méditation, celle de Guillaume et de sa sœur, évoquait l’amour fraternel (pas si évident dans le cas évoqué, avec Guillaume porteur de trisomie et susceptible d’être laissé sur le côté) et c’est pourquoi je suis resté sur ce thème.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *