Seule au plus haut de la douleur….

Aujourd’hui, je vais donner longuement la parole à Ioulia, qui se définit elle-même comme une mamange, comprenez la maman d’un enfant parti au ciel : son fils Simon a quitté notre terre à peine né, d’un cancer que portait sa maman. Pour continuer à vivre, Ioulia a choisi d’écrire, en créant une très belle page Facebook, « Si mon histoire était contée » : elle y interroge sans cesse l’absence, sa peine, sa douleur, ses sursauts… Ioulia m’a autorisé à reprendre deux magnifiques billets, le premier écrit en mémoire de Gaspard, le second pour évoquer l’expérience de l’extrême, billets que je commenterai brièvement ensuite. Ces choix ne sont pas anodins : les catholiques dont je suis, mais dont Ioulia n’est pas, fêtent aujourd’hui la Croix Glorieuse et, demain, Marie comme Notre-Dame des Douleurs (le titre donné à mon billet provient d’un verset du Stabat Mater).

  1. Les Rois de l’Univers
cielJ’ai 35 ans. Déjà 35 pour certains. 35 seulement pour d’autres. Il y a quelques jours, une gentille vendeuse m’a fait comprendre que j’avais déjà presque atteint le seuil du 3eme âge. Que dans l’état des choses, mon cas était désespéré et qu’il ne me restait plus grand-chose à faire. Qu’elle n’avait jamais vu ça, et qu’elle se sentait mal pour moi. Alors non, je ne lui ai pas parlé de la perte de mon bébé. Ce n’était qu’une conversation autour des crèmes anti-âge… Alors oui, je le confesse, je ne suis pas une adepte des cosmétiques et apparemment, tout mon drame résiderait en cela. Car ceci expliquerait selon elle le pourquoi de ma sale tronche, mais aussi l’effet vieillesse qui va m’attaquer d’ici quelques mois. Bref, je risque ma vie à avoir des rides. Alors que je pensais qu’avoir des rides, c’était signe qu’on vivait longuement sa vie. Malgré ses mises en garde, je n’ai quand même rien acheté, ni ses crèmes miracles, ni la crème au caviar. Car les miracles, je n’y crois plus et le caviar, ce n’est pas pour moi.
Si je vous en parle, c’est qu’autour de nous, tout nous parle de perfection. Il faut être jeune, mince, sportif, souriant, intelligent, cool, tendance… et sans ride. La preuve, nous sommes au 21eme siècle, mais on fait toujours des concours de Miss. Un concours où l’on récompense le soi-disant bon croisement génétique. Car si tu es trop petit, tu n’y entres pas. Si tu es trop gros, tu as les concours pour les rondes. Si tu es trop grand, t’as qu’à faire du basket. Si tu portes des lunettes, on te mettra des lentilles. Si tu ne veux pas mettre de lentilles, on te fera opérer des yeux. Si tu as des cheveux crépus, on te les lissera. Si tu es black, on éclaircira ta couleur de peau sur les photos. Tu as des jambes trop courtes, cela tombe bien, maintenant on peut les rallonger. Si tu as 500g en trop, c’est régime eau et glaçons pendant 1 mois…
On y met sur un piédestal des jeunes femmes qui n’ont rien fait, rien prouvé, rien réalisé. Des jeunes femmes qui sont juste nées comme ça. C’est donc aux parents qu’il faudrait donner un prix, car c’est eux qui ont bossé ! On leur met une couronne sur la tête, on les applaudit, on les acclame parce qu’elles sont grandes, minces et ont un sourire ravageur. Un peu comme ces concours de bêtes où l’on dresse les animaux à se pavaner en rythme, en faisant des grands cercles sur la piste. Sauf que les animaux, ils ne peuvent pas parler. Et je suis sure que s’ils le pouvaient, ils nous diraient d’aller nous faire cuire un œuf. Alors pour couronner le tout, cette semaine Miss France a été nommée Miss Univers. Ce qui signifie que c’est le physique d’une jeune femme qui représente la France… dans l’Univers. En même temps, vous me direz vu l’actualité du moment de ceux qui nous représentent, c’est peut-être un mal pour un bien. Ils auraient pu au moins choisir Thomas Pesquet. Certes, c’est un homme mais quand on lui demande le sens de l’Univers, il sait au moins de quoi il parle.
Mais soyons encore sérieux quelques instants. Comment une jeune femme qui ne ressemble à aucune d’entre nous peut-elle nous représenter ? Et pourquoi faut-il en plus que l’on nous explique qu’elle n’est pas seulement belle. Comme elle fait des études dentaires, donc logiquement elle est intelligente. Sûrement. Mais vous savez, j’ai déjà connu des dentistes très cons ! Certains vont dire que je suis jalouse. Peut-être un peu, car j’aurais bien aimé avoir 2 /3 cm en plus et 2/3 kilos en moins. Mais ce que j’aurais surtout voulu voir, ce sont des podiums avec gens qui m’inspirent et qui me font rêver. Des gens qui ont fait des choses, des gens qui se sont battu pour défendre une cause, des gens qui représentent une réalité bien réelle.

 

Alors j’ai décidé de lancer mon propre concours de podium de l’Univers. Et cette semaine, je n’ai qu’un seul gagnant qui me vient en tête. Il s’appelle Gaspard. Il était tout petit mais très courageux et plein d’humour. Il a rejoint les Rois de l’Univers. Il s’est battu de toutes ses forces. Mais il est né comme ça et il n’y pouvait rien. Parce que la nature ne donne pas toujours de longues jambes, ni de grand sourire. Parfois, elle te met juste des étoiles dans les yeux et c’est la plus belle perfection du monde. Et les yeux de Gaspard étaient si bleus et si grands, qu’à présent, il doit voir l’Univers tout entier du haut de son étoile.
 
2. Sans titre, mais je propose « Les aventuriers de l’extrême »
 

Seule

Je crois que lorsque l’on a vécu un drame, on appréhende différemment ses propres limites. On les connait dans leur situation la plus extrême: on a vécu au bord de soi-même, à l’extrémité de sa vie et de la vie elle-même. Parfois même, à la frontière de la mort. Un peu comme des aventuriers de l’extrême, même si notre aventure, nous ne l’avons pas choisie. Ce n’était ni un challenge, ni un objectif à atteindre. Ce n’était pas un sommet à gravir ou un continent à traverser. L’aventure s’est imposée à nous, d’elle-même. Sans rien nous demander. Nous avons dû en subir les péripéties les plus obscures et les conséquences les plus douloureuses.
Nous sommes donc des aventuriers de l’extrême. Des « Mike Horn de la Vie » comme je le dis souvent. Lorsque je lis son livre « Vouloir Toucher les Étoiles », je me rends compte que c’est un état d’esprit que nous portons en nous. Je sais que peu d’entre nous escaladeront des montagne aussi haute que lui. Pourtant, les sommets que nous avons gravis atteignent le ciel et les étoiles. Tout comme lui, il nous a fallu faire preuve de survie, de courage et de combativité à chaque instant. Et il nous faut en faire preuve tous les jours. D’ailleurs, il le dit si bien  » Chacun de nous, a dans sa vie, sa propre montagne à gravir ». Et notre montagne est si élevée…
Alors oui, je le dis haut et fort : Nous sommes des « Mike Horn » à notre manière! Nous n’avons pas choisi notre aventure de l’extrême et pourtant nous avons choisi de l’affronter. Ce choix-là, nous l’avons fait et nous le faisons chaque jour.
Chaque matin où l’on trouve la force de se lever. Chaque jour où l’on trouve la force d’avancer. Chaque fois que l’on trouve au plus profond de soi, le courage de se relever.
Chaque pas est un défi. Chaque marche devient exploit. Chaque ascension, une victoire sur la vie.
Mais cette aventure-là est invisible. Nous avons traversé des déserts de solitude, des océans de larmes. Nous avons apprivoisé le vide. Cet extrême-là reste immergé. Seuls les aventuriers que nous sommes, connaissons les prouesses de nos exploits et la démesure des sommets que nous franchissons chaque jour. Nous n’avons pas de photo-selfie à partager, de médaille d’or à brandir, ni de coupe à soulever. Nos médailles invisibles, c’est l’amour et le souvenir que nous portons en nous. Notre trophée, c’est notre courage. Notre victoire, c’est d’avoir choisi la Vie.
 
3. Bref commentaire
 
Difficile de dire quelques mots justes après de si belles et profondes méditations. Mais en les rapprochant, j’ai juste voulu dire à mes amis catholiques que ces pages reflètent un peu du mystère de la Vierge Marie, de sa douleur au pied de la croix, de sa solitude : il ne faut pas fuir ce mystère, il faut entrer dedans, le sonder comme le fait Ioulia à travers une expérience voisine. A la fin, ce n’est plus seulement la douleur qui est là, et qui reste, mais aussi la joie, oui, la joie, celle qui provient de la vie reçue, donnée, perdue et retrouvée. Autrement.
 

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