Islamophobie, cathophobie et autres phobies

IslamophobieLa dernière Une de Charlie-Hebdo fait, nous dit-on, débat et confine à l’islamophobie : je doute, et je vais m’expliquer plus bas sur ce point… La presse et notre société européenne vivent actuellement au rythme régulier des phobies. Outre l’islamophobie, voici l’homophobie, la phobie administrative d’un ancien ministre, et j’en passe : tout devient prétexte à phobie. Il suffit de consulter l’article « liste des phobies » sur Wikipedia, il est édifiant. L’islamophobie, la judéophobie et la christianophobie y sont bien mentionnés : sans doute la cathophobie, non mentionnée, est-elle incluse dans cette dernière, mais j’ai l’impression qu’autant sinon plus que l’islamophobie, il va lui falloir un article à part.

Mais passons. S’agit-il pour moi de dire quelque chose sur l’Islam que je connais si mal ? Pas vraiment, mais il me semble juste de faire quelques remarques générales sur les religions en général et sur cette accusation d’islamophobie en particulier qui jaillit de tant de plumes, surtout quand les dessinateurs de Charlie-Hebdo semblent la cautionner. Ce dont ils avaient déjà été accusés à l’occasion des caricatures de Mahomet et leur a valu la tuerie que l’on sait.

  1. Je m’étonne que l’on s’étonne de l’expansionnisme de l’Islam ou, à l’inverse qui est plus fréquent, qu’on le nie : toute religion bien fondée (je ne parle pas des sectes et mouvements divers) pense détenir la vérité, et s’estime en devoir de la proclamer. C’est aussi le cas du catholicisme dans lequel je me situe : « je suis le chemin, la vérité et la vie », dit Jésus en saint Jean (Jn 14,6). La vraie question n’est pas celle de la prétention religieuse qui figure derrière l’annonce, mais des moyens de cette annonce. 
  2. Lorsque ces moyens sont violents, il faut les dénoncer. On l’a suffisamment fait, et souvent de manière très exagérée compte tenu des contextes et des informations réellement disponibles, pour les croisades ou l’Inquisition, et pour le texte biblique lui-même : je ne comprends pas pourquoi il faudrait s’interdire de le faire à propos de l’islam et du Coran, surtout lorsqu’on est contemporain des faits terribles dénoncés.
  3. Dénoncer les dérives de l’Islam comme religion ne revient aucunement à faire de chaque musulman un terroriste en puissance, pas plus que les chrétiens n’étaient tous nécessairement des croisés ou des inquisiteurs de la pire espèce. Il n’y a pas là d’amalgame : il existe un droit de regard et de questionnement légitime sur une religion, sur son passé, sur son origine, sur son histoire, sur sa spiritualité, et ce n’est pas faire preuve d’islamophobie que de constater ou de dire que beaucoup reste à faire chez nos amis musulmans. C’est d’abord à eux de faire ce travail scientifique, mais les travaux réalisés ailleurs sur Mahomet, sur le Coran, sur l’Islam, dont beaucoup sont nombreux et sérieux, doivent les y aider : d’où l’importance du débat.
  4. Débattre, sur tout et avec tous, avec toute la difficulté que rappelle à bon escient le frère Adrien Candiard (1), à savoir la diversité de l’islam : oui, il y a des islams, et aucune autorité centrale, aucun magistère véritable, pour définir et débattre. Dès lors, on assiste à une multiplicité d’interprétations du Coran, sans que l’on puisse vraiment contester celles qui légitiment la violence ou, plus simplement, le port du voile et a fortiori de la burqa (2).
  5. Dans un tel débat, il faut pouvoir évoquer la personnalité du fondateur , fût-elle sacrée aux yeux de ses disciples. On l’a fait et on continue de le faire pour Jésus, il faut pouvoir le faire pour Mahomet : sans caricature, bien sûr, mais en vérité.

L’accusation d’islamophobie est devenue en fait un empêchement à tout débat et à la compréhension véritable de l’Islam. Et cela ne gêne pas que ses contradicteurs, mais plusieurs de ses penseurs qui aujourd’hui le disent de plus en plus haut et fort. La phobie n’est pas du côté des critiques de l’Islam, mais de ceux qui dénoncent et interdisent ces critiques : mais pourquoi donc chez eux cette peur ? 

 

  1. Dans son livre Comprendre l’Islam (ou plutôt : pourquoi on n’y comprend rien), Flammarion, Paris, 2016
  2. C’est une banalité de le dire et de le rappeler mais, quand j’étais étudiant à Jérusalem entre 1981 et 1983, on ne trouvait dans le quartier palestinien où se situe l’Ecole biblique et archéologique française de Jérusalem que très peu de jeunes filles voilées. Aujourd’hui, celles qui ne le sont pas sont presque sûrement chrétiennes.

 

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2 Comments

  • Merci Hervé pour la pertinence de tes propos. J’ai toujours un vif plaisir à lire tes articles qui remettent en juste perspective les sujets d’actualité. En espérant te revoir prochainement.

  • Excellente analyse qui suggère que ceux qui sont si prompts à traiter les avis critiques de l’islam (des islams devrait-on dire plus justement, parce que l’islam sunnite te l’islam chiite, ce n’est pas la même chose) d' »islamophobes », et qui cachent derrière cette étiquette stigmatisante des vrais intellectuels et connaisseurs de la question leur propre peur… (de quoi exactement en effet?)… si cen’est pas des intérêts inavouables…
    Personnellement, je recommande à tous ceux qui veulent se faire une idée juste de cette prétendue religion d’amour (archi-faux!!!) que serait l’islam de faire comme moi : lire le Coran. Pas nécessairement en arabe (si vous le pouvez, c’est mieux), il existe de bonnes traductions en français.

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