Prométhée serait-il vraiment l’avenir de l’homme ?

Prométhée

Jupiter, Hermès, et d’autres,voici que dans le monde politique des attributions inattendues revoient le jour et une interrogation fleurit : au-delà de ceux qu’elles visent, la résurgence de ces attributions n’est-elle pas le signe évident, parmi beaucoup d’autres, que notre monde occidental se paganise ? Alors, quitte à aller dans ce sens, convoquons d’urgence le rival de Zeus et des dieux auxquels il a volé le feu céleste, Prométhée, créateur et bienfaiteur de l’homme : il est clairement la figure emblématique de ce monde technologique qui voit en lui son avenir. Dans le Prométhée enchaîné d’Eschyle, il « paraît comme le père, de toute civilisation : il a donné aux hommes le feu qui leur fera trouver beaucoup d’arts ; il leur a enseigné à se construire des habitations, à observer les astres, à distinguer les saisons, à accoupler les animaux sous le joug, à atteler les coursiers, à exploiter les mines ; il a inventé l’écriture, la science des nombres la médecine, l’art nautique, la divination » (cf. http://www.cosmovisions.com/$Promethee.htm). Et aujourd’hui, on pourrait ajouter qu’il leur a aussi donné les « progrès » de l’avortement, de l’intelligence artificielle, de la procréation médicalement assistée, de la gestation pour autrui, de la puce électronique complémentaire du cerveau etc. Et la liste ne va pas manquer de s’allonger au cours des années à venir, dans la mesure où tout ce que permet la technologie trouvera toujours des occasions et des justifications pour se faire.

JoueursFace à lui, Jésus n’est plus aujourd’hui qu’un « petit joueur » :  il appelle certes Dieu son « Père », mais il n’est pas un Titan. Il s’est fait connaître dans la condition de l’homme mortel, il se présente comme l’ami des petits et des pauvres (Mc 9,37…), il guérit des malades mais n’offre à la majorité d’entre eux que le dérisoire pardon de leurs péchés (Mc 2,9), il invite les hommes à prendre leur croix et à le suivre (Mc 8,34) au lieu de les en débarrasser, il meurt sur cette croix. Quelle déception ! Certes, ses disciples le disent ressuscité, mais quel crédit peut-on leur apporter ? Surtout lorsqu’on constate que les disciples en question résistent à voir dans les « progrès » évoqués plus haut les gages d’un vrai bonheur, et considèrent même l’usage désordonné de certains d’entre eux comme des régressions.

On l’aura compris, ce sont aujourd’hui deux visions du monde qui s’opposent, et la majorité de nos contemporains paraissent avoir choisi la première, Prométhée est largement gagnant, le paganisme triomphe. A ce point que les chrétiens sont numériquement en net recul, que leurs positions perdent de multiples appuis législatifs, que leur parole ne trouve pas beaucoup d’écho. Une telle situation n’est bien sûr guère confortable pour eux, mais en profondeur elle a toujours été leur lot, elle va durer et il leur faut continuer de s’en accommoder. Surtout qu’elle ouvre la voie à une autre forme de présence et de témoignage, non fondée sur le nombre et la force apparente, celle de l’exemplarité. On a certes toujours dit que les chrétiens devaient prêcher « verbo et exemplo« , mais l’on a souvent mis l’accent sur le verbe ou la parole, surtout aujourd’hui avec les moyens de communication offerts à tous : toutefois, avec la cacophonie ambiante et grandissante qui s’exprime dans les médias faute de distance et de guides, l’exemple, en particulier celui des vertus morales (prudence, tempérance, force d’âme et justice), redevient un témoignage essentiel. Moins immédiat, sans doute, que la parole, mais « parlant » quand même : si la générosité, la fidélité, l’attention aux petits et aux fragiles, devaient exister de plus en plus comme « marqueurs » du christianisme, comme c’est d’ailleurs déjà le cas avec le pape François, les chrétiens ne sauraient le regretter. 

Prométhée est bien là dans notre monde, l’Esprit de Jésus aussi (Jn 15,26) : mais ce dernier, pour être plus discret avec une action qui demande souvent du temps parce qu’elle respecte profondément l’homme dans toutes ses dimensions, est certainement plus efficace à transformer le monde et à le conduire vers sa vraie fin que le premier. 

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2 commentaires

  1. Philippe Andres Répondre

    Prométhée s’est contenté de dérober le feu (c’était déjà faire preuve d’un courage certain!), mais Jésus EST le feu !

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