Communication sur Internet

communicationLorsqu’on me demande la raison principale de l’existence de mon « blog » Biblicom, ma réponse est toujours la même : pour poser mes idées. Je dis bien poser et non pas communiquer : la communication vient après, mais la raison première de mon travail est que l’écriture me permet de mettre en forme et d’organiser les pensées qui me trottent dans la tête, souvent la nuit d’ailleurs ! Reste qu’une fois écrites, ces pensées trouvent, par le biais d’Internet, des lecteurs. Mais on peut comprendre du coup que je ne me sois jamais trop préoccupé de savoir qui ils sont, et pourquoi ils s’intéressent à ce que j’écris : je viens seulement d’avoir quelques informations à ce sujet en leur demandant de m’aider à mettre à jour la liste des destinataires de ma lettre d’information mensuelle ou bi-mensuelle. Merci à tous ceux qui m’ont répondu, presque tous me glissant un mot d’encouragement.

Je ne cherche donc pas à faire de la communication, et si je le faisais, il me faudrait sans doute revoir et alléger considérablement Biblicom : le terme de blog désigne en effet une réalité plus réduite que celle proposée par Biblicom, qui offre des cours, des vidéos, des articles scientifiques, et qui finalement se présente dans un format beaucoup plus proche de celui que l’on appelle traditionnellement un site. Or, à l’exception de quelques-uns dont je reparlerai plus loin, les sites en ligne me semblent de plus en plus disparaître au profit des « blogs » ou des « pages », dont la teneur est plus réduite, plus spécifique, plus directe, finalement sans doute plus adaptée au média utilisé.

Ces précisions étant données, je ne vais pas bouder le plaisir que je peux avoir à accueillir ou débattre de ces réactions, fussent-elles limitées aux billets, qui permettent souvent d’affiner ou de préciser mon propos. En outre, en bon frère prêcheur, et même si mes billets ne sont pas toujours orientés « religion » ou « bible », je suis quand même intéressé à faire connaître l’évangile de Jésus-Christ par tous les moyens possibles, et Biblicom en constitue un. Est-il vraiment adapté ? Dans la ligne de ce que j’évoquais plus haut à propos des termes « blog » ou « site », l’adverbe vraiment n’est pas de mise : sur Internet, la communication la plus facile est d’ordre émotionnel, et doit s’astreindre le plus souvent à marquer les esprits avec le minimum de mots. Les émoticons en sont un signe évident 🙂 , tout comme les 140 caractères de Twitter, ou encore les posts (ou statuts) sur Facebook, dont la durée de vie est le plus souvent très courte. On retrouve donc cette évidence que la forme du média crée des contingences fortes quant au fond.

Voici d’ailleurs que je commence à prendre connaissance des Actes publiés à la suite d’un colloque tenu tout récemment par le Corhis à l’université de Montpellier 3 sur le thème « Religion(s), laïcité(s) et société(s) au tournant des humanités numériques », colloque auquel j’avais été invité à prononcer le préambule. Je constate que le premier article de ces Actes, passionnant, traite de la performance communicative et comparative des slogans « Je suis Charlie » ou « Pray for Paris » :  trois mots, un graphisme épuré jouant sur deux couleurs symboliques, le noir et le blanc, etc. Une réussite en terme de communication. Aussi, dans ce monde foisonnant, hétéroclite, marqué par l’urgence, où l’émotion (y compris religieuse, il est vrai) joue un rôle majeur, il n’est donc pas facile pour un site comme le mien, et pour beaucoup d’autres qui ne se limitent pas à des billets d’humeur et de circonstance, de trouver une place. On rencontre heureusement quelques exceptions, telles les initiatives dominicaines comme Domuni ou Retraite dans la ville et ses multiples déclinaisons, ou encore ces blogs où l’émotion est bien présente mais enclose dans une réflexion plus profonde, et je pense ici à la magnifique page Facebook que Marie-Axelle et Benoît Clermont consacrent semaine après semaine à évoquer la maladie dégénérative de leur fils Gaspard. Ces sites ont pour eux d’offrir un contenu.. continu, ce qui fidélise les lecteurs. Mais beaucoup d’autres sites qui demandent de l’investissement et surtout du temps, aussi bien du côté du ou des rédacteurs que du ou des lecteurs, et qui fonctionnent plus ponctuellement au gré des diverses publications, ne trouvent pas leur public et restent dans l’ombre.

On me dira, et c’est largement vrai, que la communication en ligne a ses exigences qu’il est légitime de respecter, et qu’en outre, elle ne fait que reproduire, à des années d’intervalle, ce qui existait déjà au niveau du livre, à savoir une production très abondante dans laquelle les bons livres ont bien de la peine à émerger et tant d’autres sont envoyés au pilon. Mais le coût de l’édition, et surtout son existence matérielle, permettaient alors à quelques ouvrages de « rester » et de faire leur trou au fil du temps : sur Internet, une telle perspective est devenue presque impensable, même si le site Archive fait son possible pour collecter tout ce qui se trouve en ligne et le garder à disposition des internautes comme une sorte de nouvelle et grande bibliothèque. Mais au fait, lit-on sur Internet de la même manière qu’on le fait dans une bibliothèque classique ? J’en doute.

Je ne me lamente pas à titre personnel sur cet état de choses surtout, comme je l’ai dit plus haut, que mon blog/site ne vise pas d’abord la communication. Mais la situation que j’évoque pose de réelles et larges questions sur ce que peut-être la réflexion en ligne et la communication d’ordre intellectuel aujourd’hui qui demandent visibilité, temps, raison : quels en sont maintenant les modes, les moyens, les lieux ? Je n’ai pas de réponse évidente, qu’en est-il de mes lecteurs assidus ?

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1 Comment

  • Merci Hervé, de nous partager tes idées et de stimuler ainsi notre réflexion. Nous ne pouvons pas nous contenter des réactions à chaud, marquées par l’émotion et le manque de recul, mais à moins de s’abstraire complétement des media proposés par internet c’est de plus en plus difficile. Surtout lorsque que l’on appartient comme moi à une génération où l’émotion ne devait pas tenir le devant de la scène et où il fallait tourner 7 fois sa langue dans sa bouche avant de parler. Faut-il faire tourner 7 fois son smartphone entre ses doigts -sans le faire tomber- avant d’envoyer un post ?
    Sans aucun doute, il y a sur internet de la place pour des formes de communication différentes. C’est l’un de ses mérites ; un autre est de permettre une diffusion rapide et à moindre coût d’idées, d’opinions et de réflexions qui, sans ce media, resteraient confidentielles : ce serait dommage -au moins pour certaines d’entre elles car sur internet le discernement a encore de beaux jours devant lui !

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