Inspiration et canon

Dans la constitution Dei Verbum de Vatican II, on lit en III, 11, ce texte fondamental :

« Notre sainte Mère l’Église, de par la foi apostolique, tient pour sacrés et canoniques tous les livres tant de l’Ancien que du Nouveau Testament, avec toutes leurs parties, puisque, rédigés sous l’inspiration de l’Esprit Saint (cf. Jn 20, 31Jn 20, 31
French: Louis Segond (1910) - SEG

31 Mais ces choses ont été écrites afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu`en croyant vous ayez la vie en son nom.  

WP-Bible plugin
; 2 Tm 3, 16 ; 22 Tm 3, 16 ; 2
French: Louis Segond (1910) - SEG

16 Toute Écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice, 2 1 Toi donc, mon enfant, fortifie-toi dans la grâce qui est en Jésus Christ. 2 Et ce que tu as entendu de moi en présence de beaucoup de témoins, confie-le à des hommes fidèles, qui soient capables de l`enseigner aussi à d`autres. 3 Souffre avec moi, comme un bon soldat de Jésus Christ. 4 Il n`est pas de soldat qui s`embarrasse des affaires de la vie, s`il veut plaire à celui qui l`a enrôlé; 5 et l`athlète n`est pas couronné, s`il n`a combattu suivant les règles. 6 Il faut que le laboureur travaille avant de recueillir les fruits. 7 Comprends ce que je dis, car le Seigneur te donnera de l`intelligence en toutes choses. 8 Souviens-toi de Jésus Christ, issu de la postérité de David, ressuscité des morts, selon mon Évangile, 9 pour lequel je souffre jusqu`à être lié comme un malfaiteur. Mais la parole de Dieu n`est pas liée. 10 C`est pourquoi je supporte tout à cause des élus, afin qu`eux aussi obtiennent le salut qui est en Jésus Christ, avec la gloire éternelle. 11 Cette parole est certaine: Si nous sommes morts avec lui, nous vivrons aussi avec lui; 12 si nous persévérons, nous régnerons aussi avec lui; si nous le renions, lui aussi nous reniera; 13 si nous sommes infidèles, il demeure fidèle, car il ne peut se renier lui-même. 14 Rappelle ces choses, en conjurant devant Dieu qu`on évite les disputes de mots, qui ne servent qu`à la ruine de ceux qui écoutent. 15 Efforce-toi de te présenter devant Dieu comme un homme éprouvé, un ouvrier qui n`a point à rougir, qui dispense droitement la parole de la vérité. 16 Évite les discours vains et profanes; car ceux qui les tiennent avanceront toujours plus dans l`impiété, et leur parole rongera comme la gangrène. 17 De ce nombre sont Hyménée et Philète, 18 qui se sont détournés de la vérité, disant que la résurrection est déjà arrivée, et qui renversent le foi de quelques uns. 19 Néanmoins, le solide fondement de Dieu reste debout, avec ces paroles qui lui servent de sceau: Le Seigneur connaît ceux qui lui appartiennent; et: Quiconque prononce le nom du Seigneur, qu`il s`éloigne de l`iniquité. 20 Dans une grande maison, il n`y a pas seulement des vases d`or et d`argent, mais il y en a aussi de bois et de terre; les uns sont des vases d`honneur, et les autres sont d`un usage vil. 21 Si donc quelqu`un se conserve pur, en s`abstenant de ces choses, il sera un vase d`honneur, sanctifié, utile à son maître, propre à toute bonne oeuvre. 22 Fuis les passions de la jeunesse, et recherche la justice, la foi, la charité, la paix, avec ceux qui invoquent le Seigneur d`un coeur pur. 23 Repousse les discussions folles et inutiles, sachant qu`elles font naître des querelles. 24 Or, il ne faut pas qu`un serviteur du Seigneur ait des querelles; il doit, au contraire, avoir de la condescendance pour tous, être propre à enseigner, doué de patience; 25 il doit redresser avec douceur les adversaires, dans l`espérance que Dieu leur donnera la repentance pour arriver à la connaissance de la vérité, 26 et que, revenus à leur bon sens, ils se dégageront des pièges du diable, qui s`est emparé d`eux pour les soumettre à sa volonté.  

WP-Bible plugin
P 1, 19-21 ; 3, 15-16), ils ont Dieu pour auteur et qu’ils ont été transmis comme tels à l’Église elle-même. Pour composer ces livres sacrés, Dieu a choisi des hommes auxquels il a eu recours dans le plein usage de leurs facultés et de leurs moyens, pour que, lui-même agissant en eux et par eux, ils missent par écrit, en vrais auteurs, tout ce qui était conforme à son désir, et cela seulement.

Dès lors, puisque toutes les assertions des auteurs inspirés ou hagiographes doivent être tenues pour assertions de l’Esprit Saint, il faut déclarer que les livres de l’Écriture enseignent fermement, fidèlement et sans erreur la vérité que Dieu a voulu voir consignée dans les Lettres sacrées pour notre salut ».

Trois remarques au moins s’imposent :

  1. L’Ancien Testament est sacré et canonique au même titre et dans la même mesure où l’est le Nouveau.
  2. Les textes bibliques contenus dans le canon « ont Dieu pour auteur », même si les auteurs humains ont joué un rôle médiateur.
  3. La vérité des Écritures est celle qui est nécessaire à notre salut.

La première remarque explique et justifie toute la recherche sur les textes bibliques, en même temps qu’elle écarte a contrario toute lecture fondamentaliste. La deuxième précise ce deuxième point, en expliquant et justifiant que l’on ne prenne pas tout ce qui est dit dans le texte biblique pour argent comptant : la vérité n’est pas celle de telle ou telle proposition, de telle ou telle vision cosmologique, mais celle qui doit conduire le lecteur au salut. Ceci est particulièrement vrai par exemple des deux récits de la création du monde en Gn 1-3 ; ça l’est aussi si l’on doit constater qu’une proposition faite dans tel livre en contredit une autre dans le même livre ou un autre livre.

Cette assistance de l’Esprit-Saint s’exerce sur l’ensemble du canon des Écritures, mais pas au-dehors : on peut par exemple juger que le Pasteur d’Hermas est une œuvre remarquable, que bien des réflexions que ce livre propose auraient mérité d’entrer dans la révélation, mais il n’a pas été retenu et l’on ne peut se fonder sur ces réflexions. À l’inverse, la lettre aux Hébreux, longtemps tenue en suspicion, a fini par intégrer le canon des Écritures, son propos enrichit la révélation sans que l’on sache pourtant vraiment qui en est l’auteur.

Comment précisément s’est exercée cette assistance auprès des écrivains ? Un courant très ancien et traditionnel dans l’église catholique veut y reconnaître le type d’assistance qui marque la prophétie, sans qu’il soit question d’extase bien sûr. Cette position traditionnelle apparaît pour une part fondée, mais insuffisante :

  1. Parce qu’elle prend en compte l’auteur alors qu’il s’agit d’abord et avant tout de considérer le texte ;
  2. Parce qu’elle néglige la variété d’auteurs concourant à l’écriture d’un texte ;
  3. Et enfin parce qu’elle omet de considérer le rôle du lecteur. Celui-ci est présent dans la communauté chrétienne qui a porté le texte, mais il est aussi présent dans le lecteur d’aujourd’hui qui rencontre le texte et le reconnaît pour sacré. C’est, soit dit en passant, l’une des raisons du projet Bible en ses Traditions, qui veut prendre en considération les commentaires du texte et pas seulement le texte lui-même : comme cela était d’ailleurs courant au Moyen-Âge.

Reste une question : est-ce l’inspiration de tel ou tel écrit qui a justifié son admission dans le Canon ou, inversement, son admission dans le Canon qui a justifié son inspiration ? Quand on cherche à comprendre comment s’est constitué ce Canon, qui ne sera officiellement défini qu’au Concile de Trente mais qui a existé dès le 2e siècle avec le canon de Muratori, il semble bien qu’il soit le produit d’échanges d’écrits entre les premières communautés chrétiennes : autrement dit, il ne s’est pas seulement constitué sur le tard, mais sur le tas. Dès lors, ce sont ces communautés qui l’ont peu à peu généré, et elles l’ont fait en raison de la qualité des documents constitués, autrement dit et sans que cela soit nécessairement explicité, sur la foi de leur inspiration. Mais en retour, dès lors que ce canon est établi, il marque aussi la limite de l’inspiration, du moins quant aux auteurs.

Share This: