L’archéologie à sa place

Parle-t-on encore d’archéologie biblique ? Tout dépend comment il faut l’entendre. Pendant des siècles, la recherche archéologique visait à appuyer, ou mieux encore authentifier, le texte biblique : celui-ci était lu comme « parole d’évangile », et tout devait s’être passé dans la vie des hommes comme l’avaient écrit les auteurs du texte. On sait bien sûr aujourd’hui qu’il n’en est rien : non seulement la dimension humaine des Écritures est reconnue et acceptée, mais en outre les lieux et événements sont sinon inventés, au moins glosés, disons le mot « interprétés ».

L’archéologie ne peut donc plus être considérée comme la servante du texte, elle doit garder toute son autonomie et, éventuellement, questionner le texte. L’exemple le plus connu depuis longtemps concerne la fameuse muraille de Jéricho, qui se serait écroulée au son des trompettes et des cris des assaillants (Jos 6,1-6). Selon la chronologie que l’on peut tirer de la Bible, un tel événement aurait donc dû se produire au XIIIe siècle avant notre ère, à un moment où l’archéologie a montré que la ville n’était pas habitée…

Alors, on peut continuer à parler d’archéologie biblique, à condition de comprendre par là une archéologie menée dans les pays bibliques. Il reste que celle-ci ne viendra pas toujours en opposition aux textes : l’archéologue William Ramsay l’a montré à propos du récit des Actes des Apôtres. Lui, initialement fort sceptique, écrit : « Une étude plus approfondie… a montré que le livre pouvait supporter l’examen le plus minutieux comme une autorité concernant les faits du monde égéen, et qu’il a été écrit avec une telle pertinence dans le jugement, une telle compétence, et un tel art et une telle perception de la vérité qu’il peut être considéré comme un modèle de récit historique » (The Bearing of Recent Discovery, p. 85).

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